Une contrée féodale et raciste

Publié le par sed

Non originaire du Gers, j'y ai vécu de nombreuses années et ce pamphlet est le fruit de mes nombreuses observations, réflexions et analyses. Je ne fais que dénoncer des faits précis avec un maximum de rigueur et d'honnêteté, le but est de dénoncer de vrais problèmes que je connais parce que je discute à la moindre occasion des conditions de travail et de vie avec des précaires mais ce n'est pas facile car parler de syndicalisme ou de politique, c'est  parfois prendre des risques, physiquement...

Dans le Gers, les jeunes précaires sont influencés, fascinés par la chiraquie locale très implantée ou par le FN (29,69% des voix aux élections régionales de 2004 dans ma commune) . Les bandes de jeunes sont des sociétés communautaires, racistes, sectaires et fortement hiérarchisées où l'alcool, la drogue et la bêtise la plus sordide coulent à flots mais où tout le reste est à sec. Ils passent leur temps à boire de l'alcool excessivement, à se droguer, à se battre entre eux pour des femmes et quand ils ont fini, ils courent dans les boîtes d'intérim pour gagner les quelques clopinettes nécessaires pour recommencer.

Dans les campagnes gersoises, c'est dans ces petits cercles communautaires bien plus qu'à l'école que se joue la reproduction sociale des élites et des exclus. Les quelques emplois du coin sont tous réservés aux pistonnés, c'est à dire aux bonnes relations du patronat local, aux enfants du pays, qui ne répugnent jamais à entretenir cette hiérarchie locale préétablie. Il y a certes quelques fonctionnaires qui doivent leurs places confortables à la sélection scolaire mais les places sont de plus en plus rares et l'emploi dans la fonction publique de plus en plus précaire. (1)

J'ai assisté à quelques unes de ces orgies entre jeunes, où j'ai amené quelques disques de musiques militantes avec quelques succès avant qu'involontairement bien sûr, on ne me les abîme ou ne me les vole. Là bas, quand on est étranger, il est très difficile de prendre la parole. Je l'ai quand même fait au début avec un certain succès encore (les jeunes partagent toujours quelques intérêts pour la Révolution ou l'Anarchie) mais tous les petits chefs en herbe veillent et se serrent les coudes pour maintenir les étrangers à leur place : dehors !

Les jeunes ne font que reproduire l'organisation rurale archaïque pour ne pas dire féodale dans laquelle ils ont baigné : rien ne doit changer !

On trouve au sommet des caciques, personnalités nanties d'une fonction importante (politique, administrative, économique) ou d'une influence notable sur un groupe. A titre d'exemple, dans ma commune, le même maire et son même entourage tiennent la mairie depuis plus de 30 ans.

Les caciques se servent de leurs places (maire, professeur, patron...) pour prêcher une propagande contre-éducative aux relents religieux catholiques : ils flattent leurs plus bas instincts (communautarisme, préjugés racistes, bondieuseries primitives,... ) et découragent par les moyens les plus pervers toute velléité d'émancipation, toutes les poussées généreuses et les nobles élans que porte malgré tout en elle une paysannerie pauvre et endettée, dépossédée de ses terres au profit notoirement d'un Crédit Agricole qui possède aujourd'hui la moitié du Gers. La Coordination Rurale reflète parfaitement ce tableau, elle en est l'emblème.

Les jeunes, travailleurs intérimaires, manutentionnaires dans l'agro-alimentaire ou ailleurs qui, par exemple, vident les poulets "fermiers" labellisés à la chaîne et à une cadence infernale, n'ont aujourd'hui pas plus d'avenir que cette petite paysannerie dont la disparition est déjà presque achevée.

Même s'ils ont de hauts diplômes universitaires, tous ces jeunes travailleurs n'ont le choix qu'entre les plus sales besognes et ne gagnent que quelque argent de poche, tout à fait insuffisant pour construire quelque projet que ce soit. Il est impossible, notamment, dans ces conditions d'envisager un planning familial.

Ils courent de petits boulots en petits boulots parcourant matins et soirs des dizaines de kilomètres sur les petites routes sinueuses parfois verglacées et embrumées (beaucoup de morts) sans aucune perspective d'avenir.

Ils plient sous le joug des caciques locaux et ce n'est évidemment pas l'ANPE qui leur trouvera mieux que les boîtes d'intérim. La réalité et l'ampleur de leur exploitation est systématiquement niée des façons les plus perverses par un hypocrite paternalisme féodal qui domine tout : l'économie, l'aide sociale, la politique (de gauche comme de droite) et même le syndicalisme. L'obscurantisme est si preignan qu'il est impossible aux travailleurs de se défendre puisque dans le Gers tout est beau, tout va bien et il est interdit de dire le contraire.

Pour prouver le racisme ambiant omniprésent, y compris dans les plus hautes sphères administratives, politiques et judiciaires, chose mal aisée car systématiquement et unanimement niée, je commémore ici le triste sort de cinq de ses victimes Kamel Ben Salah, Johan et Dorothea Nieuwenhuis, Marianne et Artie Van Hulst :
kamel.jpg
"Le 4 avril 2002, la cour d'assises du Gers avait prononcé la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans, à l'encontre de cet homme aujourd'hui âgé de 38 ans.

Il avait été reconnu coupable de l'assassinat de Johan et Dorothea Nieuwenhuis, ainsi que de celui de Marianne Van Hulst, et de l'homicide sans préméditation de Artie Van Hulst, tous quatre ressortissants néerlandais, dans la nuit du 20 au 21 mai 1999.

Tout au long de ce second procès, Kamel Ben Salah a continué à nier les faits qui lui sont reprochés.

"Je suis incapable de faire du mal à une araignée, alors massacrer quatre personnes comme ça, encore moins", a-t-il notamment déclaré.

Artie Van Hulst avait été tué à coups de fusil, son épouse et sa belle-soeur avaient été égorgées et son beau-frère était mort d'une quinzaine de coups de couteau.

Comme en première instance, aucune preuve absolue de la culpabilité de Ben Salah n'a pu être apportée, et les avocats de la défense ont parfois malmené l'accusation."(2)

Il s'agit de ne pas s'y tromper, tout arabe dans le Gers (voire tout étranger) est nécessairement coupable. Ce procès ne constitue rien d'autre qu'une victoire du racisme et du communautarisme local. Kamel Ben Salah a toujours clamé son innocence, aucune preuve tangible n'a été retenue contre lui.

En outre, il faut savoir qu'il est courant dans le Gers d'entendre encore et encore les mêmes discours xénophobes dirigés contre les Anglais et les Hollandais qui viennent s'y installer en achetant de somptueuses villas et vider les caisses de la sécurité sociale. Le débat sur la question est courant. Pourquoi la police n'a-t-elle jamais suivi cette piste ?

Le scénario retenu par la justice est complètement invraissemblable : un homme à la corpulence modeste massacre seul 4 hollandais, bien plus costauds, qui lui fournissent du travail (chose très rare et très recherchée dans le Gers) avec plusieurs fusils (les experts balistiques évoquent deux calibres différents de fusil) et un couteau ! Si ce n'était pas aussi dramatique, cela ferait rire...

Pour qui connait la région, il y a fort à parier, que du côté de Montfort, une bande de racistes à la sauvagerie sans nom s'est débarassée de cinq étrangers de la pire des façons avec la couverture et même l'aide de la très mal nommée "justice" française...

Pour avoir essayé de faire réagir quelques gersois sur cette histoire, j'entends encore en echo : " Sans mauvais jeux de mots, ton Kamel Ben Salah, il est quand même pas tout blanc ! " Faudrait-il que je trouve cela drôle et que j'arrête de dire que les gersois sont racistes ? Ce n'est pas possible.

Il n'est pas tout blanc mais il continue à crier son innocence. Faute de preuves suffisantes et malgré l'invraissemblance du scénario faisant de lui un tueur en masse, la justice la condamné en lui reprochant que sa ligne de défense était trop confuse lorsqu'on le questionnait trop en détail sur la provenance de son argent et l'objets de ses appels téléphoniques... Quant à la dépêche, fidèle auxiliaire du pouvoir, comme aux grandes heures de l'occupation, elle s'est empressée de dépeindre "l'unique suspect" du quadruple meurtre selon ses propres termes comme un travailleur au noir et un dealer de savonettes.

"Le combat continuera jusqu'au bout pour la vérité. Pour moi, il n'y a pas de justice pour tous en France, il y a une injustice. C'est une justice à deux vitesses. Pour eux l'affaire est finie, pas pour moi."

Omar Raddad

(1) Voir l'article "les professeurs vacataires"
(2) le Nouvel Observateur,
le 7 Mars 2003 (ici)

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Rabbi jacob 22/12/2006 22:50

Alors pourquoi tu supprimes les commentaires qui ne te plaises pas sur ton blog?C'est pas de la censure ça?Pour la libre expression mais ...la tienne!

sed 23/12/2006 00:26

Sur mon blog, c'est évidemment moi qui ai le plus de liberté d'expression, il serait vraiment très malhonnête de ma part d'essayer de faire croire le contraire.
Cela dit, chacun peut créer son blog !
Ce n'est donc pas un privilège que je m'accorderais d'en faire ce que juste me semble.

rabbi jacob 22/12/2006 03:02

Suite a ton intervention sur indy:t'es vraiment un psychorigide monomaniaque.Je vois pas ou t'es anar...signes seulement ced a l'avenir.

sed 22/12/2006 14:54

Quand on dit la vérité de ce que l'on ressent, de ce que l'on subit, de ce que l'on perçoit, on est à l'abri de toute dérive psychorigide et monomaniaque.Quand on censure la voie du peuple parce que l'on se croit permis de donner des leçons de psychologie de comptoir, là, par contre, il y a bien peut-être une dérive psychorigide et monomaniaque.La censure dont j'ai souffert sur toulouse.indymedia est encore la preuve de l'importance du racisme dans le Gers et de la puissance d'une omerta omniprésente même sur les média les plus soi disant indépendants où l'on censure toute tentative de révéler en plein jour ce que subissent les étrangers dans le Gers.