Mort aux écrivains!

Publié le par ced


Après 96 heures de garde à vue et malgré l'absence de preuves, les neuf séquestrés de la DCRI de Levallois (*) vont être présentés tout à l'heure devant des juges antiterroristes. Le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, a requis contre eux des peines allant jusqu'à 20 ans d'emprisonnement pour leur appartenance ou leur association supposée à  «une structure à vocation terroriste», il soupçonne également cinq d'entre eux d'avoir eu un rôle dans les sabotages de caténaires. Selon lui, la ferme de Tarnac dans laquelle ils résidaient en communauté étaient «devenu le lieu de rassemblement, d'endoctrinement, une base arrière pour les actions violentes.» En outre, il leur reproche d'avoir des liens avec des étrangers en Allemagne, en Grèce, en Italie et aux Etats-Unis et d'être les auteurs de l'ouvrage «L'insurrection qui vient» (ISBN : 2-913372-62-7) qui légitime la violence et les attaques contre le réseau ferré.


Accusés de terrorisme et d'association de malfaiteurs pour avoir rédigé un livre aux propos dérangeants, sans autres éléments que des citations de leur ouvrage pour les confondre, ce sont donc des écrivains qui ont mobilisé les services de police pendant des mois et déclenché une opération spectaculaire et médiatique mobilisant 150 policiers cagoulés et armés jusque dans la ferme du Goutailloux, à la stupéfaction générale des habitants du petit village de Tarnac dans lequel ils étaient très bien intégrés. A cause de leurs écrits déplaisants, ils ont été séquestrés quatre jours pendant lesquels ils ont été calomniés, conspués, accusés de terrorisme sans la moindre possibilité de se défendre.


Des cagoules, des armes, des perquisitions et des séquestrations, voilà donc ce que le gouvernement promet aux écrivains qu'il ne considère pas politiquement correct! Et peut-être même vingt ans de prison.


Il ne s'agit pas de discuter de littérature devant un tribunal antiterroriste mais de s'interroger sur les dysfonctionnements qui ont pu conduire toute une institution comme le ministère de l'intérieur a commettre une telle bavure et à s'y enfoncer avec tant de persistance. Ce qui m'étonne, c'est que tant d'acteurs différents, des policiers, des ministres, des journalistes, un procureur et même le président, aient pu être à ce point touchés par une prose aussi médiocre pour en arriver à confondre l'univers de la littérature avec celui de la réalité. Qu'arrivera-t-il le jour où Michèle Alliot-Marie se plongera dans la littérature de Charles Lutwidge Dogson qui, lui aussi, choisit un pseudonyme, Lewis Caroll, pour signer son oeuvre célèbre «Alice au pays des merveilles» ? Après l'émission d'un mandat d'arrêt international pour capturer le lapin géant qui parle, aux yeux roses et à la redingote rouge (qui est ,comme chacun sait, la couleur du terrorisme) combien de troupes d'élite seront alors mobilisées?


Qu'un policier puisse être totalement étranger à l'univers des lettres n'étonnera personne, tant leur bêtise est de notoriété publique, mais que tout ce petit monde soit tombé aussi lamentablement dans ce qui, tôt ou tard, finira par paraître pour ce qu'il est, c'est à dire une farce de fort mauvais goût, voilà qui est tout à fait singulier et symptomatique d'une époque où la bêtise est portée en triomphe.


Quelle étrange façon de manifester son admiration, sa fascination pour le monde imaginaire d'une œuvre littéraire! S'il ne s'agissait d'institutions de réputation aussi sérieuse, on parlerait sans aucun doute de l'œuvre d'un déséquilibré mais s'agissant de ceux-là, il ne sera évidemment pas possible d'interner tout le monde, d'autant plus que les places dans les hôpitaux sont de plus en plus rares, puisque beaucoup ont dû fermer suite aux restrictions budgétaires imposées par le gouvernement qui trouvent ici, enfin, une explication. Il est donc à prévoir, non seulement que cette bande de déséquilibrés ne sera pas soignée, mais que sa pathologie va continuer à se développer, en s'aggravant sans cesse, frappant n'importe quel écrivain, penseur ou poète dont l'imaginaire littéraire ne sera pas du goût de ces psychodingues.


Mesdames, messieurs les déséquilibrés, si vous lisez ce texte, vous devriez y trouver suffisamment d'insultes pour vous déplaire, de plus, bande de cons, je vous informe sommairement que je n'ai pas la moindre intention de m'arrêter en si bon chemin, alors il va falloir que vous veniez vite me chercher moi aussi. Je ne me cacherai pas car je ne voudrais pas qu'on croie que j'ai peur d'une bande de cons.


Et surtout, n'oubliez pas vos cagoules, j'y tiens.


En vous attendant patiemment, j'écouterai NOFX, un groupe californien qui depuis 25 ans chante sur les scènes du monde entier et vend des millions d'albums à des millions de fans (sans compter les téléchargements internet) et qui disent dans une de leurs plus fameuses chansons intitulée «Murder the Government» (Mort au Gouvernement):


«I wanna see the constitution burn

Wanna watch the White House overturn

Wanna witness some blue blood bleed red»


(Je veux voir la constitution brûler
Je veux voir la Maison Blanche se renverser
Je veux voir couler rouge du sang bleu)


Il s'agit donc d'un appel explicite à brûler et saccager les locaux du gouvernement et à tuer des bourgeois. Nul part dans
«l'insurection qui vient» on ne trouvera d'appel aussi explicite à réaliser de tels actes. Alors la question qui se pose est: Que fait Sarkozy ? Qu'attend-il pour transmettre un dossier au FBI contre cette structure à vocation terroriste ? Comment pendant un quart de siècle, une telle organisation a-t-elle pu vendre des millions de ses messages à vocation terroriste, au nez et à la barbe des services secrets, chez tous les disquaires et même dans les supermarchés, bénéficiant d'articles élogieux et de nombreuses interviews par une presse musicale en vente libre chez tous les marchands de journaux qui a plus d'une fois utilisé l'image de ce groupe en couverture, même en France ?

Ce groupe a, en outre, explicitement soutenu le nouveau président des Etats-Unis Barack Obama lors de sa campagne, notamment en développant un site internet punkvoter.com incitant les jeunes à s'inscrire pour aller voter, une initiative qui aurait amené entre 100 000 et 200 000 voix au candidat démocrate. Le chanteur Fat Mike est d'ailleurs
«assez certain d'être sur la liste des Vice Présidents potentiels de Barack». Ce dernier les a en effet sélectionnés pour l'ouverture de la Convention Nationale Démocrate à Denver le 22 Août. Pour l'occasion, le groupe a modifié les paroles de sa chanson «murder the government» pour en composer une version spéciale:


«I wanna see Dick Cheney have a heart attack

I wanna see our president be black.»


(Je veux voir Dick Cheney avoir une attaque cardiaque

Je veux voir notre président être noir.)


Alors Sarko, MAM et tous vos fidèles petits chiens, qu'est-ce que vous attendez pour lancer la traque? Vous avez la trouille peut-être ?


(*) Voir Le coup de Tarnac

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