LES PROFESSEURS VACATAIRES

Publié le par sed

Un professeur vacataire est un professeur diplômé au minimum d'une licence (donc du même niveau universitaire que la plupart des enseignants) mais n'ayant pas été reçu au concours du CAPES. Il est inscrit au rectorat et est embauché par l'Education Nationale pour des remplacements, au pied levé, à droite et à gauche, au grès des besoins. Il effectue en tant que vacataire un maximum de 200 heures par an. Au delà, si l'établissement scolaire a encore besoin de ses services, il est contractualisé (donc un peu mieux considéré) jusqu'à la fin de l'année.

L'Education Nationale a toujours eu besoin de professeurs recrutés hors concours pour pouvoir fonctionner et assurer les cours lorsque des professeurs recrutés sur concours s'en sortent mal devant leurs élèves, lorsqu'ils ne veulent plus les voir ou lorqu'ils sont malades. Les professeurs non titulaires ne se sont pas avérés moins bons dans leur travail que les autres. Ils ont même enrichi le monde enseignant en évitant qu'il ne se restreigne à un profil de "candidat type".

D'autre part, cette double-entrée permet de limiter l'influence des jurys sur l'institution. Un recrutement monolithique représenterait un réel danger, il offrirait un tremplin vers toutes les dérives possibles: listes noires, discriminations, etc. L'école est un enjeu de société, elle doit conserver l'objectif d'être ouverte à tous et toutes et non d'être contrôlées totalement par une poignée de jurés.

Mais bien que ces deux voies de recrutement soient absolument nécessaires, chacune amenant sa spécificité et les deux se complétant, l'une a toujours été beaucoup moins bien reconnue que l'autre et le statut des professeurs non titulaires a sans cesse été dégradé.

Jusque dans les années 70, les non titulaires étaient recrutés sous le statut de "maître auxiliaire". Le statut de "professeur contractuel" date du 12 Mai 1981, sous les derniers jours du gouvernement Barre, un décret (1) qui porte notamment la signature d'un certain Maurice Papon, ministre du budget. Le statut de professeur vacataire date du 12 Juillet 1989 (2), sous le gouvernement Rocard, le ministre de l'Education Nationale Jospin, le ministre du budget Charasse. C'est donc une invention du PS, ce qui explique peut-être la mollesse des syndicats à combattre cette attaque, d'une ampleur et d'une force jusqu'ici inégalée, contre les droits les plus fondamentaux des travailleurs.
En effet, avec ce statut non reconnu par le code du travail, le législateur place l'Education Nationale, une fois n'est pas coutume, à l'avant-garde de la précarisation du travail :

Le vacataire n'est payé que pendant les heures où il fait classe. La rémunération horaire reste à priori attractive (c'est ce qu'on dit...) sauf si l'on prend en compte que les heures de préparation des cours, de correction des copies ne sont pas rémunérées, que l'on ne touche pas du tout de chômage entre deux remplacements (et ça peut être long...) , que les contrats sont établis à la semaine, qu'ils sont donc sans cesse à renouveler, que l'on n'a pas de congés payés et que les cotisations pour la retraite sont dérisoires. Enfin, ajoutons que le professeur vacataire ne peut parfois même pas cumuler le RMI et doit donc pouvoir vivre (et enseigner et préparer le CAPES) avec environ 5 000 euros par an peut-être mais rien de garanti.

En plus de ces conditions économiques qui ne permettent évidemment pas de joindre les deux bouts, les professeurs recrutés hors concours doivent souvent faire face au mépris de quelques collègues et pire de certains chefs d'établissement, qui pensent ainsi se faire bien voir de leur hiérarchie. Ce mépris a plus de conséquences que dans d'autres métiers: il peut nuire gravement à la qualité du travail car il est indispensable d'être légitimite devant ses élèves pour pouvoir enseigner.

Les collègues, quand on est vacataire, on ne les voit pas longtemps et puis ce ne sont jamais les mêmes... Il est donc évidemment très difficile dans ces conditions de s'insérer dans un projet pédagogique toujours différent avec des collègues toujours nouveaux. Très difficile également de nouer des solidarités contre la hiérarchie qui nous escroque à la moindre occasion pour faire des économies. 

Et puis c'est le chômage (non indemnisé) jusqu'à ce que le rectorat daigne enfin appeler pour un poste à cent cinquante kilomètres qu'il faudra effectuer tous les jours sans indemnités pour les déplacements.

Et puis encore le chômage...

Voilà comment cela se passe à l'Education Nationale: on embauche puis on jette à la rue des jeunes professeurs sans aucun motif. Via l'Education Nationale, l'Etat se place à la pointe du licenciement abusif et barbare (pas de motifs, pas d'indemnités, pas de chômage,...) le MEDEF ne dit pas mieux et doit bien s'incliner.

Quelle réaction face à tout ça? Seule la lutte paye ?

Les syndicats n'ont pour le vacataire qu'une réponse: prépare ton CAPES! (Merci les syndicats...)

Alors c'est toujours avec autant de satisfaction que je revois la revendication de la titularisation de tous les non-titulaires refleurir dans les AG étudiantes.

Serait-ce les organisations étudiantes (AG, comités) qui pourraient nous permettre de nous faire entendre?

Le syndicalisme, à la fois parce qu'il a été complètement dénaturé de ce qu'il était à l'origine mais aussi parce que la société a changé, est un outil qui doit être totalement remis en question et dont les limites doivent être posées: alors que les chômeurs sont de plus en plus nombreux et de plus en plus précaires, leur place dans les syndicats est quasiment inexistante, leurs revendications passent inaperçues! Même chose pour les travailleurs précaires, intérimaires, stagiaires, etc. Et puis quel syndicat s'intéressera aux problèmes des "jeunes des banlieues", des "brûleurs de poubelles et de voitures", puis de tous ceux qui sont en prison ?

Les syndicats touchent le fond du fond de l'impasse dans laquelle ils se sont engouffrés joyeusement et avec panache. A force de démagogies, tous les outils démocratiques destinés à la défense des travailleurs ont été vérolés (peut-être qu'ils l'étaient dès le début...) et lorsque le travailleur en a fait le tour que lui reste-t-il, à part quelques poubelles à brûler?

(1)http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=19…

(2)http://www.legifrance.gouv.fr/jopdf/common/jo_pdf.jsp?numJO=0&dateJO=19…

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