Bouteille incendiaire à l'usage des lycéens

Publié le par ced

lycée2009manche
lycee2009-copie-1.jpgCette année encore, les lycéens appellent à la grève et à la lutte contre la nouvelle réforme annoncée par le ministre Châtel. L'année dernière, c'était contre celle de Darcos, il y eut avant la lutte contre le CPE, avant encore les réformes Fillon, etc.

Cela fait des années que les lycéens bloquent leurs établissements et occupent très régulièrement la rue, courageusement, pour dénoncer les dizaines de milliers de postes supprimés chaque année (1) ainsi que les diverses réformes qui prétendent
maquiller ce saccage de l'École (2).

Courage: capacité à agir sans craindre les conséquences, généralement pour une bonne cause et en ayant conscience des risques. « Le secret de la liberté est le courage. » Périclès.

lyceedijon2009-copie-1.jpgDu courage il leur en faut car ils font face à une répression sauvage, incroyablement violente, prenant de multiples aspects: la brutalité physique de la police d'abord qui gaze, qui frappe et qui arrête (3); l'immoralité de la justice derrière qui condamne à tour de bras, prononce amendes sur amendes et peines de prison fermes sur des accusations non avérées ou dérisoires (4); les médias ensuite qui colportent systématiquement et sans aucune vérification la propagande de ce pôle police-justice ultra-gauche tendance mégalo-mythomane; les politiques et les syndicats enfin qui achèvent le travail en prétendant de concert que tout cela est démocratique et républicain et n'ergotent jamais que sur des choses sans aucun intérêt.

L'appareillage terroriste de l'État est très étudié, très sophistiqué et très impressionnant mais rien n'y fait! Les lycéens sont toujours là, dans la rue, increvables et ils ont bien raison.

Professeur contractuel depuis le 4 juin 2005, je suis mes élèves depuis cette époque et j'occupe régulièrement la rue, moi aussi. Contrairement à eux, je n'ai jamais fait le choix de la grève et de la rue mais je l'ai subi tout au long des nombreuses et longues périodes de chômage non indemnisé entre les 22 contrats précaires (5) que j'ai signé avec mon employeur voyou, l'Éducation Nationale.

Aujourd'hui, je suis encore à la rue. Lorsque j'écris à l'Inspection d'Académie pour qu'on me porte conseil, on ne me répond pas. Quand j'écris au Rectorat pour que mon dossier soit réexaminé, aucune réponse.

Mon dossier est pourtant très bon, jalonné de plusieurs avis très favorables de la part de plusieurs chefs d'établissement, d'une lettre élogieuse quant à mon travail adressée par le Principal d'un collège au Rectorat et à l'Inspection, des lettres d'encouragement très flatteuses m'ont aussi été adressées par mes élèves au cours de mes nombreux remplacements, ce qui n'est pas si commun en ces temps où les professeurs se font insultés voire agressés par leurs élèves sans que personne ou presque ne s'en émeuve (6).

On pourrait naïvement croire que le rôle des syndicats serait de combattre ces pratiques hors-la-loi, que l'
État pratique alors qu'il les interdit aux organisations patronales (au bout de trois contrats temporaires, une entreprise privée est obligée d'embaucher) mais selon ces moines sectaires, ne pas être titulaire du CAPES est pire que le crime de ne pas avoir fait son baptême et sa communion. Hors de l'Église, point de salut!

lycee2009rouen2-copie-1.pngQue de nombreux lycéens aient témoigné des menaces brandies par la Police de les inscrire sur les « listes noires des concours de la fonction publique » s'ils persistaient à s'opposer aux projets anti-éducatifs du gouvernement, tout cela ne les interpelle pas le moins du monde.(7)

Depuis 2005, je passe chaque année les concours (CAPES et CAPLP) et j'ai aussi observé à ce sujet une anomalie très troublante: à une même épreuve, l'oral d'exposé, mes notes varient de 0,4 à 17! Quelle meilleure preuve pourrais-je jamais apporter à la malhonnêteté ou pire l'inconsistance de certains jurys?

Dans un cas comme dans l'autre, la note est envoyée par la poste, sans explications et rien dans l'attitude du jury pendant le déroulement de l'épreuve ne permet de la comprendre, si bien qu'il est très difficile de croire à « l'impartialité » de ces concours, au moins en ce qui concerne les épreuves orales.

Mais il est de toute façon inadmissible qu'après 5 ans dans le métier et plus d'une vingtaine de contrats signés, il faille encore que je passe des épreuves d'admission. J'ai probablement travaillé dans plus d'établissements scolaires que certains membres du jurys et fait plus d'études qu'eux, même si elles ne concernent pas uniquement la matière que j'enseigne! Les membres du jurys jugent notre capacité à enseigner mais qui juge leur capacité à nous examiner?

Aujourd'hui, je me retrouve encore à la rue car il suffit d'un caprice d'un principal trop zélé pour que cela arrive et tous les recours restent lettres mortes. Il m'a même fallu attendre plus d'un mois avant de recevoir les documents nécessaires pour m'inscrire à Pôle Emploi où l'on m'a suggéré d'élargir ma recherche d'emploi vers les établissements catholiques! Toujours la même rengaine: Hors de l'Église point de salut...

lycee2009vire-copie-1.jpgMais parce que je suis professeur de toute mon âme, je fais mien l'adage contraire : point de salut pour l'Église, vive l'École! Quant à l'Éducation Nationale, bien au delà des dernières réformes déjà largement commentées, voici ce que j'ai à lui dire:

« J'ai eu suffisamment d'emmerdes dans ma vie, personne n'a le droit de me traiter comme tu l'as fait toutes ces années sans le payer. Avec toutes tes belles paroles et tes jolies formules. Je ne supporte pas que les gens te considèrent encore comme une école alors que ceux qui te dirigent, préfèrent très manifestement l'Église à la Science et qu'à leur image, tu n'es devenu qu'un lâche, qu'une vermine.

En 2005, des feux t'ont pris pour cible mais cela ne t'a fait ni chaud ni froid. Depuis, les lycéens n'ont cessé de manifester contre ce que tu deviens et tu les as frappés et enfermés sans vergogne, sans trêve mais sans parvenir à les faire taire (8). Tu vas voir ce que c'est que de se faire traîner dans la boue et je te promets, avec eux, que ce n'est que le début. »



(1) tableau détaillé des suppressions des postes d'enseignants:

Enseignants du public et du privé par corps Effectifs au 31 janvier 1990 Effectifs au 31 janvier 1995 Effectifs au 31 janvier 2000 Effectifs au 31 janvier 2007 Effectifs au 31 janvier 2008 Solde 2008-2007 Effectifs au 31 janvier 2009 Solde 2009-2008
Premier degré public


321 339 322 357 1 018 321 739 -618
dont :



professeurs des écoles


291 849 303 668 11 819 308 797 5129
instituteurs et suppléants


29 308 18 529 -10 779 12 775 -5754
Second degré public


413 107 404 226 -8 881 393 860 -10366
dont :



agrégés et chaires supérieures


51 162 50 437 -725 49 696 -741
certifiés et assimilés


258 700 253 757 -4 943 247 195 -6562
professeurs de lycées professionnels


64 603 63 099 -1 504 61 039 -2060
professeurs d'enseignement général de collège


11 722 9 683 -2 039 7 663 -2020
Supérieur public


77 859 78 169 310 62 141 -16028
Stagiaires des établissements de formation


24 751 24 379 -372 21 002 -3377
Total secteur public (*) 756 260 807 135 841 140 838 177 829 131 -9 046 798 742 -30 389





Premier degré privé


46 123 46 379 256 46 140 -239
dont :



professeurs des écoles


38 870 39 310 440 39 375 65
instituteurs et suppléants


7 229 7 050 -179 6 738 -312
Second degré privé dont :


98 378 97 061 -1 317 95 521 -1540
dont :



agrégés et chaires supérieures


3 306 3 302 -4 3 305 3
certifiés et assimilés


56 370 56 495 125 56 848 353
professeurs de lycées professionnels


10 161 10 076 -85 10 120 44
professeurs d'enseignement général de collège


544 337 -207 193 -144
Total secteur privé 126 380 134 940 139 155 144 501 143 440 -1 061 141 661 -1779
(*) : y compris les enseignants du CNED comptabilisés, à partir de 2008, avec les enseignants du premier ou du second degré public.
Source : Insee Depp.








(2) voir les articles: Le chaos qui guette l'école et Fermez les écoles, ouvrez les prisons !

(3) Parfois les chefs d'établissement s'en mêlent comme il y a quelques jours à Nîmes où Jean-François Pons, le proviseur du lycée Camus, a « débarrassé une entrée de manière assez musclée », comme il l'avoue lui-même, en renvoyant une palette de bois sur les jeunes.

(4) A titre d'exemple: vendredi 14 décembre 2007, à Brest, Laurent Segond est condamné en comparution immédiate à deux ans de prison ferme pour avoir lancé un pavé sur une voiture de police banalisée pendant une manifestation lycéenne. Voir l'article: Solidarité avec tous les émeutiers.

(5) Je peux prouver tous les chiffres que j'avance.

(6) Le cas de Madame Lespagnol rudement insultée par toute sa classe sous le seul prétexte qu'elle interdisait l'usage des portables en classe est révélateur du comportement difficile des élèves d'aujourd'hui et de l'incompétence de l'Administration et de l'Inspection à affronter ces problèmes.

(7) En voici une exemple:


Simon, 19 ans, lycéen et syndicaliste à Picasso, a été entendu par les renseignements généraux

mercredi 03.12.2008, 04:51 - La Voix du Nord

Un lycéen entendu par les renseignements généraux (RG) : c'est arrivé mercredi dernier à Simon Poudroux, 19 ans, en terminale S au lycée Picasso d'Avion. Leader du mouvement de protestation du printemps, il est devenu depuis président d'un nouveau syndicat lycéen.

C'est une conséquence indirecte du mouvement mené courant mai et juin par des enseignants et élèves du lycée Picasso à Avion. Simon Poudroux a été entendu par le SIG (service d'information générale, ex-RG). Ce lycéen de 19 ans était un des principaux animateurs de la mobilisation qui avait conduit une trentaine d'enseignants et lycéens à passer la nuit dans l'enceinte du lycée du quartier République durant cinq semaines entre mai et juin.

Simon a reçu une convocation écrite du ministère de l'Intérieur pour se présenter, mercredi 26 novembre après-midi, au commissariat Lens. « J'ai été reçu par un fonctionnaire qui s'est présenté comme le responsable des renseignements généraux pour les collèges et lycées du bassin minier », explique cet élève qui redouble sa terminale S. « L'entretien était très calme, il était très poli, mais il m'a demandé de faire attention parce que le fait d'aller trop loin dans le syndicalisme pourrait me fermer des portes pour les concours de la fonction publique. » Simon Poudroux est président d'un syndicat de lycéens, la Confédération de la jeunesse du Nord, créé à Avion dans le sillage de la fronde du printemps. Les statuts ont été déposés fin août en sous-préfecture. « Nous sommes quarante d'Avion et trois ou quatre autres d'Henri-Darras à Liévin, l'objectif étant de rassembler des membres dans tout le bassin minier. » Si le président fait partie des Jeunesses communistes (très implantées à Avion où la mairie est PCF), le jeune homme précise que ce syndicat est « indépendant de toute appartenance politique ou religieuse ».

De cet entretien, le lycéen garde un goût amer : « On a essayé de me dégoûter d'être meneur d'un mouvement à Picasso. On essaie de tuer à la base la contestation que nous allons mener contre la réforme des lycées. » Solidaire, le syndicat d'enseignants SNES de Picasso, comptait adresser, hier, un courrier au sous-préfet. « Des remarques ont été choquantes », retient Romain Gény, délégué au lycée Picasso.

On lui fait comprendre que c'est bien de s'engager mais que ça risque de lui fermer des portes. On lui fait peur pour son avenir, ce n'est pas anodin. Ici, les collègues ont été scandalisés et voulaient même manifester devant le commissariat. » Selon Romain Gény, l'exemple d'un autre leader avionnais aurait été évoqué : « Damien prépare actuellement des concours de la fonction publique. On a fait comprendre à Simon que ça pouvait être gênant. C'est insupportable. » Damien Sayon, tout en n'étant plus au lycée, est actuellement trésorier du nouveau syndicat.

Rappelons que le mouvement avionnais avait abouti à la conservation d'une première L, au maintien de la section européenne et à la récupération de certaines heures de première STG. Pour Simon Poudroux, ce mouvement a montré la capacité de mobilisation des lycéens.

Jointe hier, la direction départementale de la sécurité publique expliquait qu'elle communiquerait ultérieurement sur cette affaire. Une source policière indiquait cependant : « S'il était vraiment surveillé, il n'aurait pas été invité à discuter par le SIG. » • PH. B. (avec S. R.) 


(8) Alors que le mouvement lycéen de cette année est à peine lancé, c'est quasiment une comptabilité de guerre à laquelle doivent déjà faire face les lycéens:
    • - le 19 Novembre à Reims, 4 blessés (hospitalisations, fractures), 10 interpellations, 4 condamnations;

    • - le même jour à Dijon, quelques blessés légers et 5 interpellations;

    • - le 1 Décembre à Nantes, quelques blessés légers et 10 interpellations;

    • - le 15 Décembre à Lyon, un blessé grave (voir ci-dessous) et 3 interpellations;

    • - le 17 Décembre à Poitiers, quelques blessés légers et 1 interpellation.

     

Quand la BAC pousse un lycéen à se jeter dans le vide

Publié mercredi 16 décembre 2009 sur Rebellyon


L’intervention de la BAC sur une manifestation lycéenne pendant la journée d’action du 15 décembre a provoqué un mouvement de panique qui aurait pu être tragique (mais déjà une jambe cassée). Témoignage d’un lycéen.


Faudra-t-il un accident, mortel, pour remettre en question les pratiques répressives de la BAC à l’égard des lycéens ?


Le matin, à 7h30, quelques lycéens motivés se réunissent devant le lycée Saint Exupéry à Croix-Rousse. Comme plusieurs autres lycées de Lyon (Lacassagne, Fays, Sartre, Brosso et d’autres), ils comptent bloquer leur lycée. Toujours une même bataille pour une meilleure éducation, sans réforme qui la briserait, sans suppressions de postes qui l’affaibliraient. Et maintenant, la suppression de l’Histoire en Terminale S. La journée du 15 décembre devait être une journée de mobilisation dans le corps enseignant, avant que les syndicats ne se défilent. Les quelques lycéens présents, eux, refusaient de baisser les bras. Ils espéraient leur propre mouvement.


Le blocus réussit partiellement. L’entrée principale est bloquée mais de nombreux lycéens vont tout de même en cours. Les bloqueurs ont quelques altercations avec l’administration du lycée, mais ils persistent et un bon groupe militant s’est formé. Aux alentours de 9h30, il est décidé de partir, pour arriver aux Terreaux à 10h30, lieu de rassemblement des différents lycées en lutte ce jour-là. Les lycéens de St Exupéry débraieront au passage les lycées les plus proches.


Cette petite manifestation sauvage se déroule bien. Des obstacles (barrières, poubelles) sont déposés sur certains endroits de la route pour bloquer l’avancée des forces de police nous suivant, mais aucune casse à noter.


Les lycéens arrivent devant le lycée Diderot. Ils scandent des slogans, invitent les élèves de l’établissement à descendre les rejoindre. Les lycéens, de plus en plus nombreux, se massent à l’entrée du lycée et sur la route.


C’est là que surgit une voiture, une Ford noire. Elle fonce sur les lycéens groupés sur la route. Ceux-ci tentent de la stopper. Une fille se fait rouler sur le pied. Les tensions montent en quelques secondes et les lycéens autour de la voiture se mettent à la frapper de toutes parts, surtout sur l’avant. La voiture avance d’un mètre, et 4 agents de la BAC en sortent, dont certains pointant des flash-balls imposants sur les lycéens les plus proches. Deux des policiers se précipitent sur un lycéen proche, désigné comme un « leader ». Il est arrêté, heureusement sans violence. Les agents de police se mettent alors à la recherche d’un autre lycéen qu’ils avaient repéré. Il était déjà loin, mais ils vont quand même le chercher et l’arrêtent lui aussi.


Pas de violence spéciale à déplorer, du moins pas que j’en ai appris, ni vu. Mais l’un des lycéens qui a voulu échapper à la police a, dans la précipitation, sauté par dessus un petit muret de l’autre côté du trottoir. Il ne savait pas qu’une chute de plus de 10 mètres l’attendait… Il souffre d’une fracture du fémur. Il aurait pu mourir.


Tout le monde se penche par dessus le muret. Beaucoup de personnes ne comprennent pas ce qui vient de se passer. Certains parlent de suicide. Mais non, il a juste voulu échapper à la police. Vivre une scène pareille, c’est très traumatisant. Je connais les trois personnes qui sont victimes dans cette affaire, les trois étant dans ma classe. Beaucoup de personnes ont été très choquées par ce qu’il s’est passé aujourd’hui.


Par la suite, les lycéens se sont bien réunis aux Terreaux, et ont réussi à créer un mouvement d’ampleur, en organisant une manifestation sauvage avec de nombreuses personnes qui a tourné plusieurs heures dans le centre-ville de Lyon sans qu’il n’y ait de problème.


Mais aujourd’hui, la police à fait monter un sentiment de malaise, peut-être même de rage…

 

 

Publié dans éducation

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