24 SUICIDES A L'EDUCATION NATIONALE

Publié le par ced

Depuis 2000, 24 suicides ou tentatives concernant des personnels de l'Éducation Nationale ont fait les titres de l'actualité. Seize de ces drames ont eu lieu sous le dernier quinquennat dont six cette année.

Dans tous les cas, les autorités mettent en avant la fragilité psychologique, voire l'incompétence de leurs employés et nie tout lien entre ces actes suicidaires et le travail. Mais cet éternel refrain de l'employeur infaillible et irréprochable est de plus en plus difficile à entendre, celui encore plus récurent du statut privilégié des enseignants devient tout à fait insuportable...

La liste qui suit n'est pas exhaustive car tous les suicides ne font pas les titres des journaux mais elle apporte un éclairage intéressant sur les conditions de travail des personnels de l'Éducation Nationale.

Tous ces drames ne doivent pas rester complètement vains. Des leçons doivent en être tirées pour que des entrailles de cette école massacrée une école plus juste puisse enfin naître. 

« Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide »

Albert Camus, Le mythe de Sisyphe

 

1. Un instituteur de 41 ans tue ses deux enfants puis se suicide le 17 mars 2000 dans le grenier de sa maison à Jublains (Mayenne).

(source: AFP 18.03.2000)

 

2. Jean-Marc, enseignant en comptabilité de 34 ans, se suicide le 7 septembre 2000 par défenestration depuis sa salle de classe au lycée professionnel Hélène-Boucher à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis). Après les présentations d'usage, il interrompt sont premier cours de l'année, renvoie les élèves au secrétariat, s'enferme dans sa salle et saute par une fenêtre. Décrit comme solitaire et taciturne, il vivait seul dans une chambre à Villepinte et passait le plus clair de son temps sur son lieu de travail.

(source: Le Parisien 08.09.2000)

 

3. Paul Jacquin, 42 ans, se suicide le 12 avril 2001 en se jetant par une fenêtre de l’école de Zittersheim (Bas-Rhin). Il était instituteur d’une classe unique. Sur la foi d'un rapport de l'inspection académique évoquant les accusations d'un petit garçon de huit ans contre son maître, sans aucune enquête préliminaire, les gendarmes s'étaient rendus sur les lieux, prêts à l'interpeller. Le dernier jour de classe avant les vacances, alors que les élèves étaient là.

(source: Le Figaro 16.03.2006)

 

4. Jean-Marc Devred, 57 ans, se suicide d'une balle dans la tête le 10 février 2002. Il était instituteur à l'école élémentaire catholique Jean-Baptiste-de-la-Salle, de Valenciennes. Après une garde à vue entre le 7 et le 8 février, il avait été mis en examen pour « atteintes sexuelles sur mineurs de quinze ans », puis libéré, et placé sous contrôle judiciaire.

(sources: Libération 12.02.2002, Le Parisien 19.02.2002)

 

5. Claude Riou, 71 ans, ancien instituteur de l’école communale de Bayel (Aube) se suicide le 24 août 2002 en se jetant sous un TGV à Guingamp (Côtes-d’Armor), où il était en vacances, après avoir appris l’envoi de lettres anonymes l’accusant de pédophilie.

(source: Le Parisien 31.08.2002)

 

6. Michel Calamus est retrouvé pendu dans une forêt du Vexin le 16 novembre 2003, à Aincourt. Cet homme de 53 ans, instituteur à l'école d'Issou (Yvelines), avait été mis en examen l'avant-veille pour « agressions sexuelles », après la plainte d'un collégien de 14 ans. Dans les deux seules missives qu'il a laissées à l'attention de ses proches, l'homme clame son innocence, dit sa détresse d'être « humilié injustement » et confie qu'il ne peut se résoudre à la prison « pour un crime (qu'il) n'a pas commis ».

(source: Le Parisien 24.01.2004)

 

7. Un professeur de mathématiques d’un collège de Berre-l’Etang (Bouches-du-Rhône) accusé de viols sur mineurs est trouvé mort le 26 septembre 2005 à la prison marseillaise des Baumettes où il était en détention provisoire depuis un an.

(source: AFP 26.09.2005)

 

8. Un professeur d'économie et de gestion âgé de 56 ans du lycée d'Albert (Somme) tente de se suicider le 8 janvier 2007. Il se blesse grièvement dans sa classe, avant le début des cours, avec un grand couteau de cuisine qu'il avait apporté de chez lui.

(source: AFP 09.01.2007)

 

9. Le 10 octobre 2007, Didier Mamba, 51 ans, professeur de mathématiques au collège les Explorateurs de Cergy (Val-dOise) se suicide en avalant des médicaments sur les sièges arrières de sa Ford garée sur le parking d'une gare SNCF. Il avait demandé l'année précédente une mutation qui a été refusée. « Le collège a brisé mes rêves » écrivait-il dans une lettre retrouvée chez lui.

(source: Le Parisien 11.10.2007)

 

10. Valérie Cruzin, 39 ans, enceinte de six mois, se suicide le 4 mars 2008, donnant à cette occasion la mort à un enfant à naître. Elle était institutrice de maternelle, en poste depuis un an et demi dans la ville de Pauillac où ses relations étaient tendues avec l’équipe pédagogique, les services municipaux et des parents d’élèves.

(source: Le Figaro 28.03.2008)

 

11. Un instituteur de 25 ans tente de se suicider à l’école de Brousses-et-Villaret (Aude) avant les cours le 7 mars 2008. Un de ses élèves découvre le corps inerte gisant dans une mare de sang. Le jeune homme s'est tailladé superficiellement les veines et a absorbé un verre de déboucheur liquide dans une pièce derrière la cantine de l'établissement. Il devait être inspecté l'après-midi. Le SNUipp-FSU, syndicat des instituteurs, dénonce « l'abus d'autorité » et le « caporalisme » de la hiérarchie.

(source: La Dépêche 12.03.08)

 

12. Un enseignant d’histoire-géographie est retrouvé pendu à un arbre dans un bois à Fessy (Haute-Savoie) le 17 juillet 2008. Début juin, il avait organisé une sortie au cours de laquelle un car avait été percuté par un train sur un passage à niveau à Allinges, causant la mort de sept collégiens et faisant 25 blessés.

(source: La Dépêche 17.07.08)

 

13. Marie-Claude Lorne, 39 ans, maître de conférences stagiaire en philosophie prend sa plume et, d'une écriture dense et concentrée, annonce: « Devant l'accumulation des difficultés à laquelle je dois faire face depuis des mois, j'ai décidé de mettre fin à mes jours. L'événement qui a précipité ma décision a été la nouvelle de ma non-titularisation à l'université de Brest, que j'ai apprise il y a tout juste une semaine. » C'était le 22 septembre 2008. Le 3 octobre, son décès était confirmé.

(source: L'Express 15.04.2011)

 

14. Jean-Luc Bubert, professeur de physique-chimie au collège César-Savart de Saint-Michel (Aisne) se pend dans la nuit du 18 au 19 septembre 2008. Durant la journée, il avait été détenu pendant neuf heures et demi en garde à vue à la suite d’une plainte d’un élève de cinquième qui l’accusait de lui avoir donné un coup de poing, ce que l’enseignant avait toujours nié. Son avocat estime que le drame reflète le fait que le système judiciaire français «n’a pas tiré les leçons de l’affaire Outreau». Le collégien a reconnu avoir menti.

(source: L'Aisne Nouvelle 05.10.2008)

 

15. Muriel Besnaïnou, une institutrice de 45 ans, mère de deux enfants (de 20 ans et 12 ans) se suicide le 6 octobre 2008 par pendaison à l'intérieur du groupe scolaire Gambetta de Massy (Essonne). La hiérarchie pointe des éléments confidentiels de son dossier médical et les cours reprennent dans les classes de l'école dès le lendemain. Selon son mari: « La semaine avant le drame, Muriel s'était montrée inquiète et soucieuse quant à l'annonce des suppressions des postes à venir dans les Rased. Elle allait bien, mais était assez remuée. Elle avait le sentiment d'une négation du travail des Rased.»

(sources: Le JDD 13.10.2008, Le Parisien 27.12.2008)

 

16. Nadine Massardi, 58 ans, intendante au collège public CHAUMETON de l’UNION (Haute-Garonne), se pend dans sa salle de bain le 5 janvier 2010. Elle faisait l'objet d'une enquête administrative de la part du rectorat et, depuis novembre, elle était sous le coup d'une suspension de quatre mois. Le Snasub-FSU, syndicat de l'administration scolaire, universitaire et des bibliothèques accuse: « Malgré un audit favorable, une grande partie de la communauté scolaire de son établissement et l’autorité rectorale ont entamé un long processus de déstabilisation et de harcèlement moral. »

(source: La Dépêche 08.01.2010)

 

17. Bernard Menantaud, 62 ans se donne la mort dans son appartement de fonction du collège de Saint Amant-Roche-Savine (Puy-de-Dôme), dans la nuit du 14 au 15 mars 2010. Il était le gestionnaire de ce collège dans lequel il rencontrait de « graves difficultés professionnelles » selon le Snasub-FSU qui demande que ce suicide soit reconnu comme « accident de service ».

(source: La Montagne 24.03.2010)

 

18. Un professeur d'Education physique et sportive (EPS) âgé de 55 ans met fin à ses jours le 30 avril 2010 en se tirant une balle dans la tête dans la salle des professeurs du collège Haut-de-Penoy à Vandœuvre-lès-Nancy. Il s'était beaucoup investit dans la vie de ce collège de la banlieue de Nancy où il travaillait depuis plus de deux décennies.

(source: Le Monde 30.04.2010)

 

19. Bruno Simon, 49 ans, se donne la mort le 11 février 2011. Il enseignait au lycée Charles Tellier de Condé-sur-Noireau dans le Calvados. Selon ses collègues qui citent ce passage dans leur lettre au ministre Luc Chatel, il a écrit: « Mon long passage dans l'Education nationale n'a rien cassé (excepté moi). Mes colères n'ont rien changé, je n'ai plus de force. Alors je pars. » Selon Michel Lelarge de Sud, un autre enseignant travaillant ou habitant à Donville, qui jouxte Granville (Manche), s'est suicidé « il y a environ deux semaines », a priori pas sur son lieu de travail, et ses proches ont évoqué aux obsèques des raisons professionnelles. Par ailleurs, il y a 10 jours, une agent de service d'un lycée de Caen s'est retrouvée entre la vie et la mort pendant 24 heures après une tentative de suicide chez elle.

(source: Europe1 24.02.2011)

 

20. Un enseignant en menuiserie, âgé de 27 ans, a été retrouvé pendu le 2 mars 2011 sur son lieu de travail, dans l'atelier du lycée professionnel Jean-Monnet à Montrouge (Hauts-de-Seine). C'est un de ses collègues qui a découvert son corps.

(source: Le Parisien 05.03.2011)

 

21. Marc Monfray, 54 ans, père de deux enfants (de 24 ans et 21 ans), est découvert pendu dans sa classe le 17 mars 2011. Il avait été nommé directeur à l’école de Dracé en 2010, après avoir exercé une année à Belleville. Il était également très connu à Emeringes où il avait enseigné durant vingt ans. Il avait été parmi les premiers à introduire l’informatique en classe, ce qui avait d’ailleurs valu à l’école d’Emeringes la visite de Xavier Darcos, alors secrétaire d’État. Peu avant de mettre fin à ses jours, il avait adressé un mail d'adieu à ses proches dans lequel il expliquait son désespoir et son ras-le-bol: « Je me croyais solide, mais là je suis broyé, je craque, je n’en peux plus ».

(sources: Le Progrès 18.03.2011, France Soir 25.03.2011)

 

22. Un professeur d'éducation physique de 59 ans tue son ex-compagne d'une balle dans la poitrine puis se suicide d'une balle dans la tête dans la nuit du 3 au 4 juillet 2011 à Marseille. Leur fille se trouvait dans la pièce d'à côté. La victime, également enseignante et âgée de 35 ans, venait de lui annoncer qu'elle allait mettre un terme à leur relation et qu'elle allait refaire sa vie avec un autre homme.

(source: France Soir 04.07.2011)

 

23. Lise Bonnafous, 44 ans, s'est immolée par le feu le 13 octobre 2011 dans son lycée, à Béziers, dans la cours de récréation, devant les élèves et les collègues. Quand le ministre Châtel est venu sur les lieux, il n'a rien trouvé de mieux à dire que cette professeur de mathématiques « bénéficiait d'un accompagnement pédagogique et médical ». Ses collègues déclarent dans une lettre ouverte: « Lise a dit en s’enflammant : "Je le fais pour Vous". Luc Châtel a menti, elle n’était pas suivie médicalement, ni fragile, mais consciencieuse, compétente, aimant son travail et courageuse.»

(sources: Le Point 14.10.2011, Médiapart 19.10.2011)

24. Un atoss de 27 ans du lycée Maximilien-Sorre de Cachan, s'est défenestré le lendemain soir, devant des élèves aussi, mais en dehors de son temps de service s'est empressé de faire remarquer l'administration, dans le but très probable d'éviter qu'un lien ne soit fait avec ses conditions de travail.

(source: Le Figaro 15.10.2011)

 

Les morts ne reviennent pas et ceux qui les ont poussé sont toujours là. Ils continuent leur petit chemin sans s'offusquer pour tous ces petits agents qu'ils ont broyé sur leur passage, sans s'interroger sur leurs pratiques ou encore moins se remettre en question.

Que tout ce sang retombe sur leurs têtes hautes et leurs mains propres, ainsi que celles de leurs complices!

Publié dans éducation

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Anonyme 24/10/2015 21:28

En fait il y des gens qui ne font rien et c'est su , qui sont très bien noté car ce sont des pros de la démagogie auprès des parents d'élèves et du baratin auprès de la hiérarchie, et d'autre part des gens qui bossent énormément avec une éthique, une vision, des méthodes pédagogiques rodées et qui ont fait leur preuve mais qui sont mal considérés par la hiérarchie et sous-notés, parce qu'ils ne sont pas dans les petits papiers du directeur ou de certains collègues...Hiérarchie à étages c'est terrible!!

clovis simard 28/01/2012 17:02


Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com),No-20, THÉORÈME FIGARO. - La créativité c'est mathématiques.