Crise dans la pêche et l'agriculture

Publié le par ced



Alors que le mouvement des pêcheurs, débuté le 12 mai aux Sables-d’olonne, se développe au niveau européen, que Sarkozy a déjà promis 140 millions d’euros aux pêcheurs sans préciser dans quelles « caisses vides » il irait les chercher, que des agriculteurs, des transporteurs routiers, des ambulanciers rejoignent le mouvement contre la flambée des prix du pétrole, que les dépôts de carburant ont été bloqués dans plusieurs villes, que le mouvement continue à se développer et à exiger un gasoil à 40 centimes à la pompe, c’est toute l’organisation de la production et des échanges au niveau mondial qui doit être remise en cause :



L'Etat est responsable de la dépendance au pétrole de la société. Par exemple, c'est l'Etat qui construit les routes et les autoroutes (même si ces dernières se privatisent). C'est l'Etat qui fixe des tarifs dissuasifs pour l’accès aux transports en commun, qui décide de la fermeture des petites gares, de l'abandon des lignes pas assez rentables. C'est l'Etat qui oblige les chômeurs à accepter des boulots à 200 km de chez eux, qui déréglemente le travail et force des travailleurs à cumuler des emplois partiels sur des sites éloignés de cent kilomètres, etc.

Finalement, l'Etat se comporte avec le pétrole un peu comme un dealer très vicieux : il crée la dépendance avec un produit qu'il surtaxe mais qui était, au départ, assez bon marché puis, profitant de cette dépendance, sans cesse aggravée, il a augmenté petit à petit sa part de bénéfice. (Lorsque le prix du baril augmente, la part en taxe de l'Etat augmente d'autant.)


Il est donc tout à fait pertinent et nécessaire de critiquer cet Etat qui se remplit les poches en vendant un produit hautement toxique pour l'environnement et donc, pour nous. Ce n'est pas parce que le pétrole est un produit dangereux que l'on ne doit pas dénoncer le fait que l'Etat profite honteusement de son commerce : 61% de taxes par litre d’essence. Dans le partage des recettes du marché du pétrole, les compagnies pétrolières jouent donc les seconds couteaux.


Cependant, cette critique ne doit pas masquer la sinistre absurdité de la gestion économique de la pêche et de l’agriculture. Voici un texte écrit en 1912 par Jack London, extrait du roman « La vallée de la lune » qui montre que cette gestion catastrophique des ressources naturelles, qui fait crever des gens de faim au nom d’une idéologie débile, ne datent pas d’aujourd’hui et n’a pas comme unique cause la flambée des prix du pétrole :

 

"Cependant, ici même arrivaient en dérive les témoignages de la sinistre activité des hommes : ils venaient de loin, ils venaient des villes. Un jour, à la marée montante, elle vit l’eau couverte de melons. Ils dansaient et se heurtaient en remontant l’estuaire par milliers. Elle put en attraper plusieurs qui s’étaient échoués entre les rochers. Elle en essaya patiemment plus d’une vingtaine mais tous, sans exception, avaient été abîmés par une coupure qui y laisser entrer l’eau salée. Elle ne pouvait comprendre ce phénomène, et elle en demanda la raison à une vieille Portugaise qui ramassait du bois flotté.

_ Voilà ce que font les gens qui ont trop, expliqua celle-ci en redressant son dos courbé par le labeur, avec un tel effort que Saxonne l’entendit presque craquer. Une lueur de colère passa dans les yeux noirs de la vieille, et ses lèvres ridées, tendues sur ses gencives édentées, se tordirent d’amertume. Les gens qui ont de trop. C’est pour maintenir les prix. Ils les jettent par-dessus bord à San Francisco.

_ Mais pourquoi ne pas les donner aux pauvres gens ? demanda Saxonne.

_ Il faut maintenir les prix.

_ Mais de toute façon les pauvres gens ne peuvent pas les acheter, objecta Saxonne. Ca ne pourrait pas nuire aux prix.

La vieille haussa les épaules.

_ Je ne sais pas. C’est leur habitude. Ils fendent les melons en sorte que les pauvres ne puissent les manger en les repêchant. Ils en font autant pour les oranges et les pommes. Il y a aussi un trust de pêcheurs. Quand les bateaux attrapent trop de poisson, le trust le jette par-dessus bord, du beau poisson, par cargaisons entières. Et le beau poisson coule et est perdu pour tout le monde. Pourtant, c’est du beau poisson mort qui n’est bon qu’à manger !

Et Saxonne ne pouvait comprendre un monde qui faisait de pareilles choses, un monde où certains hommes possédaient tant de nourriture qu’ils payaient des travailleurs pour l’abîmer avant de la jeter ; et, dans ce même monde, il existait tant de gens qui n’avaient pas assez à manger, dont les bébés mouraient parce que le lait de leur mère n’était pas nourrissant, dont les jeunes hommes se battaient et s’entre-tuaient pour avoir une chance de travailler, dont les vieux et les vieilles allaient à l’asile des pauvres parce qu’il n’y avait pas de pain pour eux dans les huttes qu’ils quittaient en pleurant."


Publié dans luttes sociales

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