Procès en cours : le génocide rwandais.

Publié le par ced

Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) a été mis en place par décision du Conseil de sécurité des nations unies le 8 Novembre 1994. Le TPIR, dont le siège est à Arusha, en Tanzanie, est chargé de rechercher et juger les principaux responsables présumés du génocide rwandais, qui a fait selon les Nations unies, près de 800.000 morts, essentiellement des membres de la communauté tutsie. Il a prononcé à ce jour 27 condamnations et 5 acquittements.

Ouvert le 8 janvier 2007, le procès de Tharcisse Renzaho, a été fermé le 15 février 2008. La chambre délibère et "l'arrêt sera rendu à un moment opportun", a déclaré le juge Erik Mose de la Norvège. Le prévenu répond de six chefs d’accusation.(1) Il est notamment accusé de génocide et de complicité de génocide, assassinat et viol en tant que crime contre l’humanité et assassinat et viol en tant que crime de guerre. Selon le procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda, l’ancien préfet de Kigali avait transformé son bureau en un "centre des opérations des forces génocidaires".

Originaire de Kigarama (est du Rwanda), M. Renzaho, ingénieur formé en Occident, a effectué l’essentiel de sa carrière au sein de l’armée rwandaise (FAR) avant d’être nommé au prestigieux poste de préfet de la ville de Kigali, le 5 octobre 1990, trois jours après le déclenchement de la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR, actuellement au pouvoir).
Sa nomination a coïncidé avec des arrestations massives à travers le pays et tout particulièrement dans la capitale, où des milliers de personnes, des Tutsis pour la plupart, furent interpellées. Elles étaient soupçonnées par les autorités de collaborer avec le FPR.

Le colonel est aussi inculpé pour avoir "en vertu de son autorité, individuellement et de concert avec d’autres personnes, ordonné de tuer de nombreux Tutsis à la paroisse de l’église Sainte-Famille, au centre pastoral Saint-Paul et au centre d’éducation des langues africaines (CELA)" en avril 1994, à Kigali, selon l’acte d’accusation. Des centaines de jeunes Tutsis réfugiés ont ainsi été tués. Il aurait bénéficié pour les massacres de la Sainte-Famille de la complicité de l’abbé Wenceslas Munyeshyaka qui a été condamné par contumace à la prison à vie le 16 Novembre 2006. (2)

 

Il contrôlait les forces de police de la capitale et a également selon le représentant du procureur du TPIR, "participé aux massacres de citoyens tutsis, au pillage et à la destruction de leurs biens". Il a été accusé d’avoir été présent lorsqu’un blindé a ouvert le feu sur des maisons de Tutsis, tuant une quarantaine de personnes.

 

Le Tpir affirme dans un communiqué que "le prévenu a participé à la préparation du génocide, en tant que responsable public et en tant qu’individu". Il est également accusé d’avoir encouragé le viol de femmes tutsies, qui devaient, selon lui, servir de "nourriture" pour les soldats.

 

Le tribunal affirme que l’ancien préfet a obtenu les pleins pouvoirs, à partir du 12 avril 1994, cinq jours après le début des massacres dans la capitale. Il aurait ainsi fourni des armes et des munitions aux miliciens génocidaires qui participaient aux "barrages établis partout dans la ville". En tant que préfet de Kigali, il aurait pu dissuader les milices de commettre des crimes.

 

En mai 1994, il a fourni plusieurs fusils kalachnikov à l'évêque Samuel Musabyimana qui ont été livrés par le Major Nyirahakizimana. Ces fusils ont alors été distribués à des miliciens qui les ont utilisés pour tuer des Tutsis.

 

Entre avril et juin 1994, Renzaho aurait envoyé des miliciens Interahamwe et leur aurait donné des ordres précis de tuer des personnes sélectionnées. "Vers le 15 juin 1994, Tharcisse Renzaho a ordonné par écrit à Odette Nyirabagenzi (une de ses subordonnées) de tuer André Kameya, un journaliste très critique du gouvernement intérimaire ", poursuit l’acte d’accusation soulignant que le journaliste a été tué " conformément aux ordres de Renzaho".

 

Tharcisse Renzaho était parti en exil après la chute du régime hutu en juillet 1994. Il a été arrêté en 2002 en République démocratique du Congo (Rdc), où il tentait d’organiser une attaque contre les nouvelles autorités de Kigali, issues de l’ancien mouvement rebelle tutsi, le Front patriotique rwandais. Son arrestation était demandée par la communauté internationale, tout comme quinze autres Rwandais également soupçonnés d’être responsables de massacres. Son nom figurait sur une liste de neuf suspects dont six sont toujours en liberté. Il risque la prison à vie. Son avocat, le Français François Cantier, a critiqué le TPIR qui, selon lui, "ne juge que les présumés responsables d’un seul camp". Les organisations des droits de l’Homme accusent également l’ancienne rébellion du Front patriotique rwandais, le parti tutsi aujourd’hui au pouvoir à Kigali, d’avoir commis des exactions dont ont été victimes des réfugiés hutus, après le génocide des Tutsis en 1994.

 

Récemment, le Rwanda a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec la France, en novembre 2006, suite aux déclarations du juge Jean-Louis Bruguière. Ce dernier a accusé l’actuel président tutsi rwandais, Paul Kagamé, d’être mêlé à l’attentat qui a provoqué la mort de l’ancien président hutu Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, ce qui a ensuite déclenché le génocide contre les Tutsis au Rwanda. Le livre de Pierre Péan "Noires fureurs, blancs menteurs" va plus loin et accuse Paul Kagamé d'avoir "prémédité ce coup d'état et ses monstrueuses conséquences" . SOS-Racisme a porté plainte avec constitution de partie civile, début octobre 2006, pour « diffamation et incitation à la haine raciale », contre Pierre Péan, pour ce livre publié en 2005. "C'est un livre négationniste", a indiqué l'association. Les plaignants jugent en particulier diffamatoire le fait que Pierre Péan, selon eux, vise l'ethnie tutsie, principale victime du génocide, en l'accusant de recourir systématiquement au "mensonge" et à la "dissimulation".

L’avion où voyageait Habyarimana avait été atteint par un missile, lors de son atterrissage à Kigali. Le magistrat a instruit la plainte pour "assassinat en relation avec une entreprise terroriste" déposée par les familles de l’équipage français de l’appareil. Il a ainsi réclamé des poursuites judiciaires à l’encontre de Kagamé et neuf de ses proches pour "participation présumée" à cet attentat. Ceci a été catégoriquement démenti par le président rwandais, dans un entretien au quotidien Le Figaro, publié le 16 décembre dernier à Paris. Les autorités rwandaises, qui minimisent l’importance de l’attentat contre l’ancien président, refusent l’idée de séparation entre les différents pouvoirs et considèrent que le gouvernement français est derrière le juge Bruguière. Il est peu probable que le TPIR décide d’ouvrir ce dossier, pour ne pas froisser les autorités rwandaises.


S’il est encore des gens qui voient dans le génocide rwandais de 1994 une flambée barbare de « violence africaine », il n’est pas de meilleur antidote que la lecture du rapport massif de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). (3) Comme en Arménie, comme en Europe sous la domination nazie, le meurtre collectif a été planifié, organisé, dirigé d’en haut et exécuté grâce à l’obéissance passive des citoyens devant une autorité dévoyée.


Dès octobre 1990 se met en place de manière systématique et progressive un instrument de propagande idéologique adapté au but poursuivi : mensonges, entretien de la peur, insinuations sur la situation catastrophique qui résulterait d’un partage du pouvoir, diffamation des opposants, "accusations en miroir" (attribuer à l’autre ce que l’on va faire soi-même, vieille ruse des jésuites), appels à la "solidarité ethnique"... Outre les militaires, la police, et les employés de l’administration communale, l’entreprise a été portée par des intellectuels - tels ces universitaires de Butare qui fournissaient de la propagande au mouvement - mais aussi par les Eglises, comme le montrent les derniers "dossiers de Golias" (4). De même, les modalités et l’ambiguïté de la participation populaire, voulue par les organisateurs, afin que nul ne puisse se délivrer de la culpabilité collective, apparaissent aujourd’hui clairement. Cette participation est à la racine du terrible blocage actuel de la société rwandaise où 130 000 détenus pourrissent dans des prisons surpeuplées, assassins et spectateurs malchanceux mêlés.


Les responsabilités internationales sont écrasantes. Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre : rapports d’informateurs, découvertes fortuites, rumeurs vérifiées. Le rapport de la FIDH fournit des documents inédits et impitoyables. L’ONU a préféré écouter les interprétations rassurantes de M. Booh Booh, timide envoyé du secrétaire général, plutôt que le rude langage du général Roméo Dallaire, commandant la mission militaire. Placée devant l’indéniable, elle a tergiversé, puis ayant tergiversé elle a décidé de se dérober. Enfin, obligée d’employer le mot « génocide » le 8 juin, soit deux mois après qu’il eut commencé, elle tergiversa et parvint à n’intervenir que lorsque tout était terminé. Si l’ONU est sourde, l’administration américaine l’est tout autant, car une étude de la CIA parlant de la possibilité de 500 000 morts n’est absolument pas prise au sérieux par Washington. Le rôle de la France apparaît aussi au travers de l’analyse de la coopération militaire avec le régime rwandais.


Mais le plus « scandaleux » concerne peut-être les exactions du Front patriotique rwandais (FPR) tutsi, qui, par son action militaire, a mis fin au génocide. A leur tour, les « héros » de l’histoire se sont rendus coupables de crimes contre l’humanité qu’ils ont tenté de faire passer pour des meurtres de revanche, commis dans la fureur de l’après-massacre. Il ne s’agit pas d’un deuxième génocide, comme on le prétend parfois, mais plutôt d’une politique de terreur délibérée permettant au nouveau pouvoir, minoritaire à la fois ethniquement et politiquement, de s’imposer. Et c’est bien là l’ultime et horrible paradoxe : d’une certaine manière les génocidaires ont gagné. Leur atroce idéologie a déteint sur leurs vainqueurs, a contaminé tous les rapports sociaux, a perverti les calculs politiques.


Ni le procès de Tharcisse Renzaho, ni celui d'aucun des prévenus du TPIR, ne rendra justice aux victimes du génocide, tant l'ampleur du préjudice subi par les victimes et leurs familles est inquantifiable mais il doit servir à faire avancer la vérité sur les évènements, en faisant la lumière sur un infernal engrenage encore trop méconnu. Peut-on penser raisonnablement qu'une personne, même activement impliquée dans le génocide aux plus hautes responsabilités, soit responsable d'un génocide de 800 000 personnes en 6 semaines ? Peut-on raisonnablement faire porter la charge d'un tel crime sur la tête d'une seule personne ? ou même d'une trentaine ?

Ni Tharcisse Renzaho, ni aucun autre, ne doit servir de bouc émissaire aux véritables responsables qui utilisent toujours la même technique pour laver leurs mains sales et se disculper de leurs massacres et génocides : le rôle exact du bouc émissaire est clairement décrit dans le texte biblique : « Aaron lui posera les deux mains sur la tête et confessera à sa charge toutes les fautes des Israélites, toutes leurs transgressions et tous leurs péchés. Après en avoir ainsi chargé la tête du bouc, il l'enverra au désert sous la conduite d'un homme qui se tiendra prêt, et le bouc emportera sur lui toutes leurs fautes en un lieu aride. » (5)

 

Notes:

(1) voir l'acte d'accusation du TPIR

(2) voir l'article L'Eglise dans le génocide rwandais

(3) Human Rights Watch, Fédération internationale des droits de l’homme, Aucun témoin ne doit survivre : le génocide au Rwanda, Karthala, Paris, 1999, 931 pages, 220 F.

(4) Rwanda, l’honneur perdu de l’Eglise, sous la direction de Christian Terras, Golias, coll. « Les dossiers de Golias », Villeurbanne, 1999, 260 pages, 98 F.

(5) Lévitique XVI:21-22. voir l'article Ethnicisation catholique et macabre dans la région des grands lacs

 

Sources :

Site internet du TPIR http://69.94.11.53/

Dépêches sur le procès de Renzaho www.afriquecentrale.info  ; www.trial-ch.org ; www.rfi.fr/

La France et le TPIR www.assemblee-nationale.fr/12/projets/pl1149.asp

Au Rwanda, le génocide tel qu'il s'est produit Gérard Prunier

Publié dans antireligion

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