De l'antisémitisme,

Publié le par ced

L'antisémitisme est souvent considéré comme une idéologie liée à l'extrême-droite et le problème de l'antisémitisme est trop souvent analysé uniquement sous cet angle. Pourtant, l'extrême-droite, de même que la droite ou la gauche ou l'extrême-gauche, sont des concepts confus issus d'une construction historique longue et complexe de l'échiquier politique, tandis que l'antisémitisme ou les antisémitismes sont clairement et simplement définis par la haine des juifs et prennent leurs racines dans la tradition et la culture chrétienne des sociétés occidentales ou des sociétés nord-américaines, sud-américaines, africaines, asiatiques, océaniennes où l'évangélisation a été imposée.


Il s'agit d'un problème profondément ancré dans les fondements de la société chrétienne dont on ne se défera pas par la simple contemplation pornographique des horreurs de la Shoah accompagnée d'une analyse facile et fausse qui consiste à en rejeter la faute sur les nazis et l'extrême-droite pendant que la Bible (abondamment citée dans Mein Kampf) continue à être le livre le plus vendu au monde et à y semer l'antisémitisme très tranquillement.


Pratiquement rien n'a été fait depuis 1945 sur l'analyse des processus qui ont conduit à la tragédie de l'Holocauste parce qu'elle rencontre un adversaire de taille : l'Église, critiquée sur son fondement idéologique, le dogme de la substitution, c'est à dire l'élimination des juifs remplacés par les chrétiens. Les pères de l'antisémitisme sont les premiers chrétiens et même Jésus en personne qui, d'après Jean dans la bible, leur aurait dit: "Vous avez pour père le diable et vous voulez accomplir les désirs de votre père".(Jean, 8, 44)

 


Si Hitler est parvenu au pouvoir sur une large partie de l'Europe et même du monde, c'est en grande partie parce qu'il a réussi à fusionner les diverses forces antisémites, des chrétiens catholiques et protestants d'Allemagne jusqu'au grand mufti de Palestine, au sein du nazisme. C'est là, au cœur de la religion, qu'il a trouvé l'essentiel de sa force et de son électorat.

Hitler lui-même n'était certes pas un bon chrétien pratiquant, ni catholique, ni protestant comme, d'ailleurs, la plupart des chrétiens aujourd'hui. Mais son ouvrage Mein Kampf fait fréquemment allusion à la Bible, en particulier à l'épisode où Jean décrit Jésus fouettant les marchands du Temple, ces vilains juifs qui ne pensent qu'à l'argent. Même s'il est païen, il admire et respecte la puissance de l'Église et s'inspire de son idéologie qui constitue sa principale source et son unique caution spirituelle.


Dans son livre, on peut lire (page 117 à 119) pourquoi le pangermanisme ne s'oppose pas au catholicisme et (p 120 et 121) ne doit pas s'opposer à « Rome » qu'il confond avec « l'Eglise Catholique ». (Il passe sans sourciller de l'un à l'autre dans la même phrase.) Hitler s'inscrit dans la continuité de la puissance impériale romaine en affirmant que le dogme de l'Eglise est inviolable et que le génie politique consiste à « retirer des enseignements pour le présent » dans ces « vérités séculaires ». Il s'agit ni plus ni moins d'une nième interprétation (certes païenne) de la Bible :

 

Ici encore, il nous faut prendre des leçons de l'Eglise catholique. Bien que son édifice doctrinal, sur plus d'un point - et souvent d'ailleurs d'une manière surtout apparente - heurte la science exacte et l'observation, elle se refuse pourtant à sacrifier la plus petite syllabe des termes de sa doctrine. Elle a reconnu très justement que sa force de résistance ne réside pas dans un accord plus ou moins parfait avec les résultats scientifiques du moment, résultats d'ailleurs jamais définitifs, mais dans son attachement inébranlable à des dogmes établis une fois pour toutes, et qui seuls confèrent à l'ensemble le caractère d'une foi. Aussi se maintient-elle aujourd'hui plus fermement que jamais. On peut même prophétiser que dans la mesure où les phénomènes insaisissables défient et continueront à défier la poursuite des lois scientifiques sans cesse modifiées, elle sera de plus en plus le pôle de tranquillité vers lequel ira aveuglément l'attachement d'innombrables humains. (p457)


Si l'on considère que Mein Kampf représente la pensée de Hitler et du nazisme, alors Rome et l'Église catholique en sont les piliers fondateurs. De plus, l'antisémitisme raciste, qui définit les juifs comme une race, se trouve déjà, bien avant la naissance du Führer, dans l'organe du Vatican, Civilta Catholica, fondé par Pie IX en 1850 et qui continue à paraître aujourd'hui. Daniel Jonah Goldhagen l'a mis en évidence en citant plusieurs passages très explicites dans son livre le « Devoir de Morale » :


« Oh! Combien se trompent et sont victimes d'une illusion ceux qui pensent que le judaïsme n'est qu'une religion, comme le catholicisme, le paganisme, le protestantisme et non pas, en réalité, une race, un peuple, une nation! »

Cet exemple daté de 1880 montre que l'antisémitisme raciste est aussi chrétien et même catholique, apostolique, romain. L'église définissait les Juifs comme une race et non comme une religion. Et même si le terme "race" n'est pas péjoratif à l'époque, cela donne indubitablement une dimension raciste à l'antisémitisme chrétien.


A cette époque, l'antisémitisme chrétien et l'antisémitisme raciste sont indiscernables comme on peut le voir très nettement dans cet autre article de Civilta cattolica datant de 1893 et intitulé "Moralité juive":


« [La nation juive] ne travaille pas, mais vit du trafic des biens et du travail des autres; elle ne produit pas, mais vit et s'accroît grâce aux produits des arts et de l'industrie des nations où elle a trouvé refuge. C'est une pieuvre géante qui, avec ces tentacules démesurés, enveloppe tout. Elle a son estomac dans les banques[...] et ses ventouses partout: dans les contrats et les monopoles[...] dans les services postaux et les compagnies du télégraphe, dans les transports de marchandises et les chemins de fer, dans la trésorerie des villes et dans les finances de l'Etat. Elle représente le royaume du capital [...] Elle règne sans partage. »


Cette métaphore de la pieuvre sera abondamment reprise dans toute la presse antisémite jusqu'à l'ascension d'Hitler au pouvoir pour caricaturer les juifs dans des illustrations très explicites où une pieuvre hideuse, symbole du peuple juif, enserre une belle femme blonde, symbole du monde germanique et c'est le Vatican qui est à l'origine de cette représentation. Il n'existe aucune distinction entre l'antisémitisme raciste et l'antisémitisme chrétien jusqu'à 1945, date à partir de laquelle l'Église s'ingéniera à se disculper de sa responsabilité dans le génocide et à modérer (doucement) son opinion sur les juifs.


Aux vues de tous ces éléments, pourquoi considérer le nazisme et les antisémitismes comme des mouvements d'extrême-droite et non comme des mouvements chrétiens ? Qu'est-ce qui l'empêche ? On rencontre beaucoup moins d'obstacles à considérer Al-Qaeda comme un mouvement islamique !


On vit dans une société très chrétienne, même si beaucoup hypocritement le nie, où le père Noël passe chaque année, où les fêtes chrétiennes sont l'occasion d'amples célébrations populaires et où les valeurs chrétiennes sont communément admises comme étant de bonnes valeurs faites d'amour et de générosité et je pense que c'est cet a priori idéologique profondément ancré qui empêche de voir l'Église sous son vrai jour lorsque celui-ci est finalement à l'exact opposé de ce que l'on croyait, de ce qu'on a pu nous faire croire. L'histoire de l'Holocauste en est une illustration parfaite mais malheureusement loin d'être unique - il faudrait parler aussi de l'ethnocide des amérindiens, du génocide espagnol, du génocide rwandais, etc. - qui peut servir, si on l'étudie rigoureusement, à ouvrir les yeux sur la véritable nature du dogme chrétien et mieux comprendre l'origine de l'antisémitisme et plus généralement de cette haine de l'autre qui a conduit à de nombreux génocides.(*)


Il existe aussi un antisémitisme historique en terre d'Islam mais celui-ci n'est pas ontologique comme peut l'être celui du christianisme: Le Coran n'est pas ce "Nouveau testament" qui prétend remplacer (donc éliminer) l'Ancien. C'est une différence que l'on peut noter, sans s'enliser dans une étude détaillée verset par verset, sourate par sourate, pour compter les points et dire quel est le plus antisémite des deux textes.

D'autre part, l'antisémitisme des musulmans n'a jamais pris la dimension de l'Holocauste, jamais une quelconque autorité de l'Islam n'a signé de concordat avec le régime nazi dont le programme d'élimination des juifs ne laissait aucun doute. L'Église a signé, se faisant ainsi la première instance internationale à reconnaître la légitimité du régime nazi et, loin de s'en repentir, a très vite canonisé le signataire du concordat, le futur Pie XII. Quant à Hitler, il a reçu, aux premiers jours de mai 1945, une "messe solennelle de requiem en commémoration du Führer".

Pour des raisons chronologiques, l'antisémitisme musulman s'interprète comme une christianisation de l'Islam, sans doute liée à la colonisation chrétienne du proche-orient. Le Coran est postérieur à la Bible. Environ sept cents ans séparent Jésus de Mahomet (d'après leurs religionnaires du moins) donc, en matière d'antisémitisme, de ghéttoïsation des juifs pour prendre un exemple, les musulmans n'ont rien inventé et n'ont fait que copier les chrétiens.


Le christianisme apparaît, historiquement, comme le principal vecteur de l'antisémitisme, il l'a fait naître, l'a entretenu pendant près de deux mille ans jusqu'à ce qu'il atteigne le paroxysme de l'horreur. Qu'en est-il aujourd'hui ? Pour répondre, il faudrait définir de façon précise ce qu'est, d'une part la chrétienté et d'autre part l'antisémitisme aujourd'hui, comment ils se manifestent, se répandent et évoluent. Et cela n'a rien d'évident, tant le sujet est tabou.

 

(*) Pour le rôle de l'Eglise dans le génocide espagnol, voir l'article: Béatification de 498 bourreaux


Pour le rôle de l'Eglise dans les massacres, pogroms et génocides au Rwanda et Burundi, voir les articles Ethnicisation catholique et macabre dans la région des grands lacs et  L'Eglise dans le génocide rwandais

Publié dans antireligion

Commenter cet article