Camus au Panthéon?

Publié le par ced

Dimanche 29 Novembre 2009

Anarced


à

Monsieur le Président de la République Française




Monsieur le Président,




Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps (mais je n'en ai de toute façon rien à foutre). Vous avez décidé d'honorer les restes du cadavre de Monsieur Albert Camus, mort voilà déjà presque un demi siècle, en les déplaçant dans un temple que les Grecs et les Romains consacraient à certains de leurs dieux, le Panthéon. Loin de moi est l'idée de vous donner tort, même si je ne partage pas vos croyances en la résurrection des cadavres et que je m'étonne que vous vous adonniez à cette cérémonie mystique aux rites antiques, vous qui dîtes pourtant avoir le soucis de vivre au 21ème siècle et non au 20ème.

Encore plus loin de moi est l'idée de me livrer à un discours, que vous jugeriez pompeux, sur l'œuvre d'un auteur que vous n'avez jamais lu car je sais votre aversion pour la philosophie et la littérature, ainsi que pour les professeurs qui les enseignent, auxquels vous préférerez toujours les curés et leur Bible qui fonde selon vous l'identité nationale. Loin de la philosophie camusienne, votre despotisme autocratique se caractérise par le rejet de toute expression démocratique et le recours systématique au terrorisme de masse, avec des cars de C.R.S, des matraques et des gaz lacrymogènes, avec des B.A.C., des arrestations arbitraires et des gardes à vue prolongées, avec une justice expéditive, des comparutions immédiates, des condamnations préventives et des procédures exceptionnelles vous autorisant à faire n'importe quoi et à répéter sans (ré)fléchir: tolérance zéro et encore zéro!
Tous les lycéens s'en souviennent...


Je me garderai donc bien, Monsieur le Président, de débattre avec vous, comme je vous l'ai déjà signifié plus explicitement en guise d'introduction. Je crois qu'Albert Camus est avant tout pour vous un cocorico au palmarès des prix Nobel et que votre décision, que beaucoup jugeront maladroite, part d'une bonne intention, celle d'honorer un écrivain comme on honore un militaire: avec des drapeaux et des trompettes.

Je tiens cependant à vous signaler que la poussière cadavérique que vous souhaitez faire entrer en grande pompe dans votre temple sacré est tout ce qu'il reste du corps d'un homme qui, lorsqu'il était animé, voyait dans le christianisme « le dogme de l'injustice » (*) et n'a cessé de combattre tous les dogmes, religieux, politiques ou économiques. Même s'il refusa d'étiqueter la philosophie de ses romans pour ne pas nuire à l'authenticité de leur intrigue ni à leur vie, Monsieur le Président, il faut bien qu'on vous le dise, c'est le nom d'un anarchiste et non des moindres que vous vous proposez d'ajouter à la liste du Panthéon!

Je me garderai bien, Monsieur le Président, de vous en faire le reproche. Si l'idée m'étonne de votre part, elle m'amuse beaucoup aussi et si je vous écris, c'est pour vous encourager à persévérer dans cette même voie car dans le sillage de notre défunt compagnon Albert Camus, beaucoup de monde mériterait de le rejoindre.Aussi, j'ai l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance l'examen d'une liste non exhaustive de personnalités anarchistes qui, je l'espère, retiendra votre attention:

C'est Sante Geronimo Caserio né à Motta Visconti en Lombardie le 8 septembre 1873 et mort guillotiné à Lyon le 16 août 1894 que j'ai choisi pour introduire cette liste car je sais combien l'Italie est chère à votre cœur. Sachez, Monsieur le Président, que votre cœur, celui du Président de la République, lui était tout aussi cher.

C'est
ensuite François Claudius Koënigstein dit Ravachol, le « Rocambole de l'anarchisme », né le 14 octobre 1859 à Saint-Chamond dans la Loire et mort guillotiné le 11 juillet 1892 à Montbrison que je vous soumet pour l'ensemble de son œuvre et en particulier pour le travail acharné auquel il se livra, corps et âme, pour améliorer les institutions judiciaires.

C'est enfin le nom de quelques écrivains qui certes n'eurent pas la chance de recevoir les honneurs du prix Nobel mais qui initièrent Albert Camus dans ce combat sans compromis contre tous les dogmes
: Pierre-Joseph Proudhon, Michel Bakounine, Pierre Kropotkine, Elisée Reclus et d'autres, je ne voudrais pas en restreindre la liste.


Avec ma reconnaissance anticipée, je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes salutations très respectueuses et néanmoins anarchistes.


(*)
« Le christianisme (et c'est sa paradoxale grandeur) est le dogme de l'injustice. C'est le sacrifice de l'innocent et l'acceptation de ce sacrifice »

Albert Camus

Publié dans antireligion

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