Fermez les écoles, ouvrez les prisons !

Publié le par ced

Les revendications des lycéens sont très intéressantes cette années, plus que d’habitude. Ils ne manifestent pas cette fois contre telle ou telle réforme du bac qui risque de compromettre leur avenir mais contre la suppressions des postes, c'est à dire qu'ils réclament des professeurs ! Une telle revendication change du très traditionnel discours anti-prof qui domine dans le nihilisme contemporain et ouvre sur des débats beaucoup plus intéressants que de savoir si le contrôle continu est préférable à l'examen de fin d'année ou vice versa : il est clairement question du rôle, de la nécessité de l'éducation, de l'école et des professeurs dans la société.(1)

 

D'autant que cette suppression de 11 200 postes n'est qu'un avant-goût du projet anti-éducatif du gouvernement. En effet, si le concours du CAPES semble maintenu pour 2009 (avec certainement de nouvelles suppressions de postes) il devrait être totalement supprimé à partir de 2010 pour être transformé en Master. (Les IUFM sont déjà intégrés aux universités.) Il est évident, parce que cela a toujours été le cas, que cette réforme en profondeur dans la formation et le recrutement des maîtres d'école et professeurs du secondaire, avec toujours le même prétexte de l'uniformisation européenne, sera encore l'occasion de très graves attaques contre le système éducatif et le statut des professeurs.

D’ailleurs, ces suppressions de poste s'accompagnent de la précarisation des professeurs (et personnels) non-titulaires dont le statut n'a cessé de se dégrader depuis 20 ans et du recours de plus en plus systématique à ces professeurs. De maître auxiliaire (équivalent CDI) le statut a évolué vers contractuel (équivalent CDD) puis vacataire (pire que l'intérim). Cette évolution est le fruit d’une volonté politique menée conjointement par les gouvernements successifs avec la collaboration des syndicats représentatifs. Or comment ne pas voir dans cette extrême précarisation des personnels de l'éducation les plus fragiles, les moins aptes à se défendre, l’avant-goût d’un projet global ?
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Ce projet est en marche depuis longtemps mais aujourd’hui, la conjoncture semble favorable à un mouvement social : c'est le printemps, la cote de Sarkozy est au plus bas, les membres du gouvernement se sont pris une tournée de baffes aux municipales, Darcos le premier, une deuxième tournée semble tout indiquée! Pourtant, cela traîne comme si tout le monde partageait un même manque d'engouement à défendre l'école... Défendre quelle école ? Avec quels professeurs ? Le système éducatif est très souvent critiqué et sa légitimité est ébranlée. Mais qui est légitime dans sa position d'éducateur ? La télé ? La religion ? Qui d'autre?


Lorsque cette légitimité est établie, toutes les méthodes éducatives fonctionnent, certaines sont plus agréables que d'autres et il faut en débattre. Mais ce n'est pas ce débat qui intéresse le gouvernement. Lui, ce qu'il veut, c'est des profs pas chers, corvéables à merci, flexibles à souhait, éjectables à volonté (les vacataires) mais capables de maintenir l'ordre dans des classes de 40 élèves, quitte à revoir le contenu des programmes, à la baisse bien sûr !


Si nous hésitons, le gouvernement, Darcos, n'hésitera pas lui à liquider l'école. Il affirme ne plus avoir les moyens d’assurer un système éducatif de qualité mais lorsqu’il s’agit de construire de nouvelles prisons, les fonds réapparaissent soudainement. Combien ont coûté les établissements pénitenciers pour mineurs ? Combien de postes ? Les excuses budgétaires invoquées ne sont qu’un prétexte au service d’une vision de l’éducation qui parle d'elle-même: le gouvernement préfère dépenser des milliards pour qu’un gamin de seize ans se suicide en prison (3) plutôt que de remplacer les professeurs qui partent à la retraite.


(1) voir l'article l'Education Nationale meurt, vive l'école!
(2) voir l'article LES PROFESSEURS VACATAIRES
(3) voir l'article EPM : Education Par la Mort.

Publié dans éducation

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