Quand les maîtres du vol annoncent la crise

Publié le par ced

Quand les maîtres du vol annoncent la crise, il s'agit en premier lieu de s'interroger sur leurs intentions. Tant de prévenances de la part de ceux qui font le système économique a de quoi étonner. Si vraiment leur machine à exploiter, piller et détruire l'homme et son environnement rencontre de graves difficultés de fonctionnement, pourquoi se donnent ils tant de peines à en propager la nouvelle à coup de concepts médiatiques comme la "crise des subprimes" expliquée aux cons en bande dessinée, montage vidéo, interview d'experts bidons, etc. ? Il est douteux que le système dominant ait pris la décision de se saborder lui-même, de dévoiler au monde entier, en long en large et en travers, quelles sont ses failles, ses difficultés, ses faiblesses qui sont autant d'opportunités, pour le mouvement révolutionnaire, de s'y engouffrer et de le renverser. Alors, s'agit-il d'une vraie crise annonçant pour la énième fois la fin du capitalisme ou bien d'une énième manipulation politico-économique destinée à justifier toute une série de mesures antisociales imminentes ?

A force de rabâcher les mêmes conneries en boucle, les économistes sont arrivés à imposer l'idée que si des milliards de dollars (*) sont partis en fumée aux Etats-Unis et ailleurs, c'est à cause des "créances pourries", comme celle de Roger qui n'a pas recouvert son ardoise de Février chez Ginette et de tous ces salauds de pauvres qui se sont surendettés en contractant des crédits qu'ils ne pouvaient pas rembourser. Les économistes désignent d'abord les coupables, les pauvres, c'est ensuite seulement qu'interviennent leurs schémas, leurs experts, leur jargon incompréhensible et leurs sigles indéchiffrables (ABS, RMBS, CMBS, CDO, OPCVM, SICAV, etc.) pour expliquer comment ces petits problèmes de crédit, qui ont l'air assez banal et inoffensif à première vue, ont contaminé, tel d'épouvantables virus maléfiques, tout le système financier international. Telle est l'analyse unanime des économistes.

Il ne s'agit surtout pas de s'interroger sur les milliards de dollars (**) partis en fumée dans la guerre en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Que tout cet argent volatilisé ait pu avoir un effet négatif sur l'Économie est impensable ! Tout bon économiste est évidemment convaincu que ces multiples guerres n'ont pas englouti des fortunes colossales, au contraire, ils vous expliquent, avec une ardeur de psychopathe, que la guerre dynamise les marchés de l'industrie militaire et amène des points de croissance ! Pourtant, sans parler des morts au combat dont l'Économie ne se soucie guère, il est évident que la production d'armes de guerre pour ces conflits a coûté de l'argent, du travail et de l'énergie dans des proportions faramineuses, pas seulement en pure perte mais avec un résultat aux conséquences catastrophiques, à savoir l'augmentation des prix du pétrole et par suite, des produits alimentaires qui a entraîné à son tour une série d'épidémies de famine dans le monde entier.

Seulement voilà : il est beaucoup plus commode d'accuser les pauvres que de s'en prendre à la première armée mondiale. C'est pourquoi, aussi bien les économistes que les politiques, préfèrent expliquer la crise financière et la faillite des banques, en accusant ces fameuses "créances pourries" qui auraient contaminé le système bancaire. C'est en effet une analyse très commode, qui permet de surcroît, si l'on veut bien y croire, de résoudre simplement et sans heurts le problème économique. C'est ainsi que des esprits brillants, comme celui de Jacques Attali, expliquent en détail que la crise a une solution et que le système économique peut heureusement être sauvé. Ouf ! Il s'agit d'une trouvaille comme on en fait pas deux, même dans les grandes réunions des experts internationaux : il faut réglementer le crédit, c'est à dire ne prêter qu'aux riches, aux banques et aux patrons. Il suffisait d'y penser !

Bien avisé de ces conseils, Sarkozy annonce le 13 octobre qu'il garantit l'épargne des particuliers, c'est à dire les banques, à auteur de 360 milliards d'euros. Dix jours plus tard, il annonce 175 milliards d'euros pour les entreprises, ce qui fait donc en tout une promesse de 535 milliards d'euros pour les banquiers et les patrons. Entre ces deux annonces, le 20 octobre, il prête - et là, c'est une vraie transaction - 10,5 milliards d'euros aux banques, alors que d'après ses propres dires, les caisses sont vides. S'il y a donc un certain décalage entre les annonces avec les bras et les grimaces destinées à rassurer les marchés financiers et la réalité plus mesurée, pour l'instant, des transactions effectives, leur montant reste néanmoins astronomique et surtout révoltant, au regard des réductions budgétaires imposées, dans le même temps, aux hôpitaux et au service public. Cette façon de gérer le budget de l'État à coups de grandes annonces délirantes est révélatrice du mépris du nabot pour les couillons qui l'ont élu, puisqu'il n'est jamais question pour lui, que de prêter de l'argent aux patrons et aux banquiers, tant il tient pour évident, que l'argent public ne puisse être confié qu'à ces deux sortes d'escroc et donc que tous les autres peuvent crever.

Ce à quoi ni les économistes, ni les politiques n'ont pensé, ce qu'ils semblent ignorer, c'est que la richesse (c'est à dire la production) n'est crée ni par les banques, ni par les patrons mais par les travailleurs. Ce qui fait la valeur de l'argent, ce n'est ni la bourse, ni l'état mais la quantité de travail que les travailleurs sont prêts à fournir pour en obtenir quelques billets. Si ces vulgaires bouts de papier ont autant de valeur, c'est uniquement à cause de la souffrance que les travailleurs s'infligent pour en avoir une part. Les économistes croient que les travailleurs ne sont pas solvables parce qu'il n'ont pas d'argent. En réalité, ils sont les seuls à l'être parce qu'ils sont les seuls à produire. Donc si les riches décident de ne se prêter qu'entre eux et ainsi d'exclure les travailleurs du circuit financier, leur argent va continuer à fondre au même rythme que le bataillon des chômeurs s'élargira.

Bref, quand les maîtres du vol annoncent la crise, la crise financière n'est pas finie puisque les analyses économiques masquent l'essentiel du problème et que les solutions politiques ne contribuent qu'à l'aggraver. L'argent va donc continuer à perdre de sa valeur mais est-ce un drame ou l'opportunité de sortir de ce système économique pour vivre autrement ?


(*) Le Fond Monétaire International estime dans un rapport du 9 avril 2008 que « le montant des pertes pourrait atteindre quelque 945 milliards de dollars » avant de réviser ce chiffre autour de 1500 milliards de dollars le 7 octobre 2008.

(**) Début 2008, dans un livre intitulé The Three Trillion Dollar War : The True Cost of the Iraq Conflict (La Guerre de Trois Mille Milliards de Dollards : Le Vrai Coût du Conflit Irakien) deux chercheurs de Harvard et Columbia, Linda Bilmes et Joseph Eugène Stiglitz (Prix Nobel d'économie en 2001) identifient le coût global du conflit à 3000 milliards de dollars. Le coût des opérations a déjà dépassé celui des douze ans de la guerre du Vietnam et représente le double du coût de la guerre de Corée.


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