Ô combien est heureux qui n'est contraint de feindre,
Ce que la vérité le contraint de penser,
Et à qui le respect d'un qu'on n'ose offenser
Ne peut la liberté de sa plume contraindre !
Las, pourquoi de ce noeud sens-je la mienne éteindre,
Quand mes justes regrets je cuide commencer ?
Et pourquoi ne se peut mon âme dispenser
De ne sentir son mal ou de s'en pouvoir plaindre ?
On me donne la gêne, et si n'ose crier,
On me voit tourmenter, et si n'ose prier
Qu'on ait pitié de moi, O peine trop sujette !
Il n'est feu si ardent qu'un feu qui est enclos,
Il n'est si fâcheux mal qu'un mal qui tient à l'os,
Et n'est si grand douleur qu'une douleur muette.
Joachim DU BELLAY (1522-1560) (Recueil : Les Regrets)
On veut nous faire taire pour ne pas nous entendre alors que ce mal qui nous touche les premiers concerne toute la société. C'est un mal qui tient à l'os, à la structure de l'organisation sociale et qu'on ne peut isoler, parqué, emmuré dans aucun quartier et sous aucune étiquette.
Il n'est feu si ardent qu'un feu qui est enclos,
Il n'est si fâcheux mal qu'un mal qui tient à l'os,
Et n'est si grand douleur qu'une douleur muette.
On veut nous faire taire alors que pour stopper le mal, il conviendrait tout au contraire de nous faire parler...
On veut nous "civiliser" en prétendant nous expliquer que nous avons tort, voire que nous n'existons pas ! Alors que pour stopper le mal, il conviendrait tout au contraire de nous écouter...