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Publié le par ced

Les quartiers d'isolements du système carcéral français sont des lieux de tortures

Un détenu, actuellement encore enfermé, témoigne à la barre, lors du procès contre le journal " l'envolée " , au tribunal correctionnel de Beauvais le mardi 19 décembre 2006. La " justice " française a donc officiellement pris connaissance de l'existence dans les prisons françaises de " ces lieux des centrales pour vous éliminer (auto destruction). "

Laurent Jacqua, donne à la barre trois exemples des actes de tortures pratiquées par " la Guillotine carcérale " qu'il raconte plus amplement dans ce livre :

1.

" Noël 95-96, je suis malade du SIDA, pas de médicaments à cette époque. Il y a eu un incident au parloir, j'ai refusé de me laisser tousser. Tousser signifie être déshabillé, baissé et de tousser. Je pesais 50Kg, j'étais 8-T4 (ndr quelques défenses immunitaires qui se battent en duel), il faisait froid, c'était l'hiver, être nu.
Dans le mitard, il y avait un matelas, obligatoire depuis une loi européenne qui oblige la présence d'un matelas dans les cellules de mitard. Obligation valable uniquement le jour. Un surveillant passe, me voit assis sur le matelas et me dit que le matelas, je l'ai, mais je peux pas m'asseoir dessus. Je lui dis de me laisser tranquille, il revient et m'enlève le matelas. Le docteur fait sa ronde et doit faire un certificat pour que j'obtienne un retour du matelas.
Je porte plainte, il y a un vice de procédure, passé à la trappe.

2.

Pour un transfert, les ERIS (ndr groupuscule hybride pensant être investi d'une mission) arrivent, me bâillonnent à 5h du matin, même pas de « veuillez nous suivre svp ». Sans parler d'isolement, j'étais très mal, je pesais 48Kg, je suis mis en isolement, j'étais gravement malade des poumons, un surveillant me voit et appelle SOS médecin. Ce médecin insiste pour que l'on m'emmène à l'hôpital immédiatement. Les surveillants refusent pour " absence d'escorte " . Le lendemain seulement, je serai soigné. Parfois, on est tellement habitué à l'isolement que l'on pense que c'est normal. Quand les infirmières et les médecins se sont occupés de moi, m'ont soigné (vidé les poumons, médicaments, etc.), j'ai été étonné, j'avais perdu l'habitude d'être traité en être humain. À ma sortie, j'ai été mis directement en isolement de Fresnes où il y a une sorte d'isolement médicalisé. Qui pouvait faire état de cette vérité ? Des journaux comme l'envolée. J'ai subit des choses qui n'ont rien à voir avec ma peine.

3.

Metz, je refuse l'isolement, on m'y met de force. Je n'ai jamais arrêté de me battre pour garder ma dignité. J'ai fait des choses mais moi je n'ai jamais mis un malade du SIDA dans une cave, pendant 20 ans : c'est inhumain ! On me lance trois bombes lacrymogènes, on arrache mes vêtements, on me donne des coups, une nuit à poil au mitard. Même les chefs d'escorte du lendemain refusent mes vêtements car ils sentent trop la lacrymogène. "

A l'heure où l'on construit dans toute la France de nouvelles prisons, dont notamment ces établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) permettant depuis la loi Perben II d'incarcérer des enfants dès 13 ans, à l'heure où le ministre de la Justice salue ces établissements car " permettre aux jeunes détenus de se restructurer en respectant une certaine discipline est un gage de réinsertion réussie " , au tribunal de Beauvais, devant Monsieur le juge " indépendant " , c'est un état des lieux très différent de ces prisons françaises auquel on a pu assister.

" Ce que j'ai écrit est en deçà de la réalité maintenant. Dans chaque prison actuelle, il y a un petit Guantanamo. "  Laurent Jacqua

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Dessins:
Naoki Urasawa - 20th century boys (6)

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