Avant l'arrivée des évangélisateurs et de leur "bonne nouvelle", les peuples de la région des grands lacs vivaient en paix, sans conflits de
nature interethnique, pour la bonne raison qu'aucune tribu ne se définissait comme ethnie. Fidèles au vieil adage "diviser pour mieux régner", les colonisateurs catholiques y ont créé deux ethnies,
les hutus et les tutsis, dans le but d'asseoir leur pouvoir sur la région. Cette division de la population est purement artificielle, les pères blancs ne l'ont fondée que sur des légendes inventées
de toute pièce. C'est dans les deux plus petits états de cette région, le Rwanda et le Burundi que les massacres et génocides générés par
cette manoeuvre de l'Eglise ont pris le plus d'ampleur.
Les Tutsis sont encore plus minoritaires au Burundi (14%) qu'au Rwanda (19%) et le Burundi est encore plus catholique (62%) que le
Rwanda (52,7%). Les deux faits sont d'ailleurs liés : les tutsis sont à l'origine les "esprits forts" , ceux qui, dans la région des grands lacs, ont résisté à l'évangélisation des missionnaires
européens (belges, allemands, français,...) se faisant les gardiens (évidemment contestés) des traditions locales ancestrales
précoloniales autour de quelques "mwamis".
Le pouvoir colonial a ensuite instauré un système de classification ethnique rigide avec l'attribution des cartes d'identité obligatoires spécifiant l'ethnie d'appartenance. C'est une ethnicisation
forcée et déraisonnée. Ces cartes d'identité avec la mention ethnique ne seront pas supprimées par le pouvoir postcolonial avant 1994; elles ont joué un rôle important dans l'identification des
victimes des massacres et génocides.
Inspirés par les rapports des explorateurs et des missionnaires qui décrivaient les tutsis comme étant les plus intelligents, le pouvoir colonial accordait prioritairement des privilèges
(l'enseignement ou les emplois administratifs par exemple) aux tutsi, ceci jusqu'à la fin des années 1950, date à laquelles des massacres se succèdent pour prendre de plus en plus d'ampleur jusqu'à
la tragédie du génocide d'Avril 1994.
L'attachement des "mwamis" tutsis aux traditions locales ancestrales précoloniales et leur refus de se convertir totalement au catholicisme des colons malgré les privilèges qui
leur étaient accordés, provoque alors la colère des pères blancs qui n'hésiteront pas à faire l'analogie entre le peuple tutsi et le peuple juif pour ressasser leur vieille antienne antisémite,
adaptée à la population locale.
En s'entêtant dans une analyse interéthnique (entre tutsis et hutus) bornée d'oeuillères bigotes, quant à l'origine de ces pogroms et génocides successifs, les adeptes de la propagande catholique,
qui continuent à diviser la population selon des critères purement légendaires et fictifs, ne poursuivent qu'un seul but : raviver les tensions. Tout en oubliant de faire état des évènements les
plus récents, ils voudraient continuer à nous faire croire aujourd'hui que les massacres et génocides dans la région des grands lacs ne sont que purement et simplement des histoires d'africains, de
"négros" ajouteraient ils si cela était permis, tant leur mépris des cultures différentes, non chrétiennes, est sans limites dans leur soif intégriste.
Il n'en est absolument rien : tous ces massacres et génocides ne sont que les résultats des manipulations sauvages des européens
apprentis sorciers téléguidés par les ensoutanés les plus pervers et démoniaques. Le processus qui a amené au génocide est le même dans les grandes lignes que celui qui a conduit à
l'Holocauste.
Les accords d'Arusha, en République unie de Tanzanie, où se tient aussi le TPIR (1), ratifiés en 2000 sous l'égide de Nelson Mandella, ont
signé la fin de douze années de guerres civiles au Burundi. On estime à 300 000 le nombre de victimes de cette guerre. A Arusha, ce sont les africains eux mêmes qui sont en train de construire
des solutions, d'inventer une thérapie à cette peste brune importée d'Europe et dont le foyer est bien gardé au Vatican.
La barbarie catholique n'est pas invincible, même si elle est encore très puissante dans le monde et notamment en France, les peuples de la région des grands lacs se souviennent et se
souviendront de la véritable identité du Père Noël, de la Vierge Marie et de leurs acolytes qui, avec ou sans soutane mais la machette
à la main, violent, massacrent et torturent aveuglément hommes, femmes et enfants par centaines de milliers. (2)
Les peuples de la région des grands lacs comprennent à qui a profité tous ces massacres et petit à petit reprennent leurs destins en main. La démystification des bondieuseries vaticanes amènent
la démystification des ethnies, c'est-à-dire la dédramatisation du débat sur les questions ethniques et sur les préjugés qui les sous-tendent. En effet, l'identité ethnique n'est-elle pas une des
multiples identités (professionnelle, nationale, religieuse, etc.) que possède chaque individu ?
"Des millions de soleils éclairent des milliards de mondes"
disait Voltaire. Il faut poser la question en terme de la gestion correcte de la "chose publique", c'est à dire de la République. Si tous les
citoyens avaient les mêmes droits et devoirs, les problèmes ethniques, régionaux ou communautaires ne se poseraient pas, tant au Rwanda, au Burundi, en France que partout dans le monde.
Toutefois, on ne change pas la société par décret. Dès lors, il faut gérer le présent en tirant les leçons du passé pour préparer l'avenir. C'est un long processus qui exige beaucoup d'efforts et
de bonne volonté.
La construction du clivage ethnique au Rwanda
(données chiffrées) nouvel observateur Atlaséco 2007
Mercredi 17 janvier 2007
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