De la vérité

Publié le par ced

Voilà donc encore un texte qui prétend définir ce qu'est la vérité! Ce n'est pas le premier... Déjà la Bible définissait Jésus comme étant « le chemin, la vérité et la vie ». (Jean 14,6) En fait, tout obscurantisme a besoin de définir ce qu'est la vérité en affirmant qu'elle est tel ou tel mensonge. Enfermer la vérité dans une définition est une condition indispensable pour pouvoir rejeter telle ou telle vérité non conforme à la définition établie et ainsi se débarrasser de tous ses contradicteurs.

Révéler ce qu’est la vérité permet d’en finir avec l’usage de la raison et d’atteindre le repos de l’esprit, enfin. C’est principalement de cette attente que naît un besoin populaire de définir une fois pour toute ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Ensuite de quoi, il ne sert plus à rien de raisonner puisque tout a déjà été dit et qu’il ne reste rien à découvrir.

La meilleure définition, pour asseoir un obscurantisme dogmatique, est sans doute de définir comme vrai ce que chacun d’entre nous ressent comme tel : Tout le monde a raison, personne n’a tort ! Cette définition qui semble vouloir contenter tout le monde est la pire qui soit. En effet, elle fait de la vérité un amas d'affirmations contradictoires entre elles, non argumentées et basées uniquement sur le ressenti. Dès que des opinions contradictoires se manifestent, et à la seule condition que celles-ci soient réellement ressenties comme vraies par les différents contradicteurs, toutes seront considérées comme vraies, ce qui donne à la vérité le visage du chaos. De plus, si ce que chacun ressent comme vrai est vrai, alors les pires opinions seront aussi considérées comme vraies et ce qu'un nazi ressent pour un juif, à cause de son endoctrinement, à cause de tous les mensonges qu'on lui a fait croire, sera aussi la vérité. A l’inverse, on rejettera un résultat scientifique (un théorème, une théorie, etc.) sous le seul prétexte qu'on ne l'a pas ressenti.

Je pense, au contraire, que ce qui est vrai ne correspond au ressenti de personne et non de tout le monde c’est à dire que personne (et non tout le monde) ne détient la vérité. En effet, fonder la vérité sur ce que chacun ressent ou éprouve comme tel, revient à affirmer que toute idée est équivalente, du moment qu'elle soit ressentie ou éprouvée par quelqu'un. A l'inverse, je pense que certaines idées sont meilleures que d'autres parce que mieux justifiées, mieux argumentées. Ainsi, les théories scientifiques ne reposent pas sur le ressenti de tel ou tel scientifique, elles ont une argumentation et même une démonstration pour le cas des théorèmes. Pour rejeter leurs résultats, il s'agit de pointer une insuffisance ou une erreur dans ce qui la justifie, c'est à dire d'user de sa raison et non de son ressenti.

D’autre part, je pense que certaines théories comme le racisme ou l’antisémitisme ne peuvent pas être considérées comme vraies. Le racisme, l’antisémitisme et autres aberrations des hommes ne se fondent que sur des préjugés que la science, c'est à dire le savoir, peut et doit démonter un par un parce qu’elle est le meilleur argument au service de la morale contre ces fléaux. Les scientifiques ne détiennent pas la vérité puisque personne ne la détient mais la science a incontestablement un rôle à jouer, au moins ce rôle de garde-fou, pour améliorer la connaissance que chaque personne peut avoir de la vérité.

« Le concept de vérité, compris comme dépendant de faits qui dépassent largement le contrôle humain, a été l'une des voies par lesquelles la philosophie a, jusqu'ici, inculqué la dose nécessaire d'humilité. Lorsque cette entrave à notre orgueil sera écartée, un pas de plus aura été fait sur la route qui mène à une sorte de folie - l'intoxication de la puissance qui a envahi la philosophie avec Fichte et à laquelle les hommes modernes, qu'ils soient philosophes ou non, ont tendance à succomber. Je suis persuadé que cette intoxication est le plus grand danger de notre temps et que toute philosophie qui y contribue, même non-intentionnellement, augmente le danger d'un vaste désastre social. » (Bertrand Russell dans History of western philosophy)

 


Publié dans théories

Commenter cet article