Béatification de 498 bourreaux

Publié le par ced

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Pendant la Guerre Civile, l’église a participé directement à la répression physique de milliers de personnes. Il paraît que du haut de sa grandeur céleste, l’Eglise espagnole feint encore de ne pas comprendre que les ultimes années de la récupération historique finissent par arriver. Elle confond la « récupération de la mémoire » due aux victimes encore jamais reconnues (pas non plus par l’Eglise) , bien qu’elles soient, seulement pour cela, doublement victimes, avec la récupération d’une mémoire qui pendant 40 ans de dictature noire fut constamment récupérée pour diviser la société espagnole entre vainqueurs et vaincus, pour manipuler l’histoire et ériger des monuments n’importe où à la mémoire des bourreaux responsables d’un des plus grands génocides du XXème siècle.

Un exemple (entre autres) est celui du « boucher d’Andalousie » Queipo de Llano, accueilli en sa dernière demeure par l’Eglise dans la basilique de la Macarena de Seville sous une dalle de marbre gravée de la seule et infâme fête du 18 Juillet 1936 : l’anniversaire sanctifié du coup d’état qui provoqua la plus grande tragédie advenue en Espagne.

Pendant la « Transition », ininterrompue jusqu’à aujourd’hui et jusqu’à une véritable rupture démocratique avec le Franquisme (c’est à dire annulation des sentences, exhumation de toutes les fosses de « disparus », élimination de la symbologie fasciste…) il a été rebattu que dans les deux camps, les crimes ont été commis de manière égale : « moitié-moitié » pour empêcher de comprendre la vérité sur l’origine de la violence, les différences quantitatives et qualitatives évidentes, et sa prolongation dans le temps sans miséricorde jusqu’à la mort du dictateur.

D’après les documents d’un des quelques historiens sérieux qui ont étudié l’œuvre de l’Eglise pendant le Franquisme, le moine bénédictin de l’abbaye de Montserrat Hilari Raguer (ou bien ceux du professeur de l’université de Saragosse Julian Casanova), nous savons que « l’Eglise espagnole, dans la Guerre Civile, ne fut ni pacifique, ni pacificatrice… attisant le feu et se comportant en général de façon très peu miséricordieuse. Elle fut très sensible à ses propres victimes mais insensible aux autres. »

Bien que le soulèvement militaire de 1936 ne se fit pas au nom de la religion, en ratant le coup d’état et en dégénérant en guerre civile, il acquit très rapidement un caractère religieux par la sanctification de la guerre avec le titre de « Croisade », qualifiée ainsi par le chanoine Aniceto de Castro Albarran (dans son livre intitulé « Guerre sainte » et publié en 1938)

Véritable Etat dans l’Etat, l’Eglise, forte de son armée en soutane de vingt mille moines, soixante mille religieuses et trente et un mille prêtres a toujours été hostile à la République. D’ailleurs, comme pour dissiper au plus tôt tout équivoque, dès le 7 mai 1931, son porte-parole attitré, le cardinal primat d’Espagne Pedro Segura, un catholique exalté digne des temps de l’Inquisition, publie une lettre pastorale exhortant les fidèles à se préparer à lutter contre la République « socialiste et athée ». Au besoin par la force.

Jusqu’aux dernières années de la dictature franquiste, l’église fut un des appuis les plus solides du régime et une de ses principales références idéologiques.

A la fin de la Guerre Civile, Pie XII rejette le projet franquiste d’une canonisation rapide et massive de centaines de morts « pour Dieu et pour l’Espagne » et tant Jean XXIII que Paul VI se maintiennent dans cette ligne de prudence qui fut cassée par Jean-Paul II le 29 mars 1987 avec la béatification de trois religieuses carmélites de Guadalajara, puis un torrent de beaucoup d’autres : 26 religieux à Ciudad Real, 71 « frères hospitaliers » et 51 « fils du cœur de Marie » à Barbastro, les évêques d’Almeria et Cadix, l’évêque Anselmo Polanco de Teruel, etc.

Le 28 octobre 2007, avec la béatification massive de 498 religieux, la plus grande cérémonie de béatification de toute l'histoire de l'Eglise catholique, Benoît XVI poursuit dans la ligne de son prédécesseur en augmentant encore d’un cran la provocation dans une Espagne qui récupère peu à peu sa véritable mémoire en exhumant ses fosses.

Ces béatifications qui prétendent se baser sur l’histoire, se limitent concrètement au fait de la mort sans tenir compte du contexte historique qui, affirme Raguer, « est fondamental pour prouver l’ « odium fidei » des agresseurs. Ainsi, le Vatican qui a publié il y a peu neuf volumes de documents sur la IIème Guerre Mondiale, n’a toujours pas fait la même chose avec la Guerre Civile (qui est antérieure) et c’est pourquoi il ne peut considérer comme mûre une analyse du contexte historique d’alors pour savoir en connaissance de cause si les homicides se commirent « in odium fidei »… »

A titre d’exemple l’évêque de Teruel, béatifié en 1995 avec 45 autres « martyrs » tués « en haine de la foi » pendant la guerre civile espagnole, au cours des années 1936-1939, organisait et finançait depuis le début de la guerre un groupe de guerilleros fascistes dans la Sierra de Albarracin...

L’Eglise catholique apostolique et romaine nous démontre encore une fois sa passion immodérée envers les criminels de guerre : elle canonise par centaines les bourreaux du génocide espagnol pendant que les bourreaux du génocide rwandais, accueillis notamment dans les paroisses françaises, échappent grâce à sa protection aux jugements du Tribunal Pénal International pour le Rwanda mais c’est une autre histoire…


principale source: CNT 335

Publié dans antireligion

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